#WomenDoWine : place aux femmes du vin !

Champagne > Economie
Par Guillaume Perrin, le 08/03/2016
 
Chaque année, la Revue du Vin de France organise le Trophée des Hommes du vin. Pour Sandrine Goeyvaerts, caviste belge, trop peu de femmes figurent au palmarès.
 
Quelques exemples de viticultrices champenoises
Marie-Laure Kowal-Copinet, Aurélie Barrat-Masson et Hélène Cocteaux, du collectif Secraie, font partie de productrices de champagne.
© G. Perrin


Sandrine Goeyvaerts
Caviste et blogueuse, elle a lancé le hashtag #womendowine.
© La RVF


Julie Campos et Véronique Blin
Le directeur général et la présidente du champagne Nicolas Feuillatte.
© R. Cremonini


Les Fa'Bulleuses
La toute première association de viticultrices champenoises.
© Les Fa\\'Bulleuses de Champagne


 

En cette journée internationale des droits des femmes, revenons sur l'initiative #WomenDoWine, lancée sur Twitter par la caviste et blogueuse belge, Sandrine Goeyvaerts. Ce mouvement est parti d'un constat porté sur les candidats au Trophée des Hommes du vin 2016 de La Revue du Vin de France : « où sont les femmes dans les récompensé(e)s ? ».

En ne nommant que des hommes à ces trophées, le monde du vin suit-il la proportion de femmes représentées, ou rechigne-t-il à faire une place aux femmes déjà en place ?

Sandrine Goeyvaerts : J'ai du mal à obtenir des chiffres ultra-précis, mais en proportion, selon les filières, les femmes représenteraient de 25 à 50 % des acteurs du vin. On écrit beaucoup d'articles sur la présence des femmes au chai, à la vigne. On tient de jolis discours, on dit que les choses bougent, alors oui, je trouve anormal que les femmes soient si peu souvent récompensées dans des trophées « mixtes  ».


On peut se dire que ce n'est pas grave, qu'on ne doit pas courir après les récompenses. Avec un peu de mauvaise foi, on peut souligner qu’« il y a quand même des femmes » (qui reçoivent un prix conjointement avec un mari, ou un père). Mais elles ne sont pas nommées, elles restent d'une certaine façon invisibles. Un prix, c'est une manière symbolique de dire « vous voyez, les femmes sont là, elles font un excellent boulot, au même titre que les hommes ». Ça récompense une carrière, ou un début prometteur. C'est dommage de se priver de cette visibilité-là.

Qui aurait le pouvoir de rendre leur visibilité aux « femmes du vin » ?

Demandons à Sattouf ? Bon, c'est une boutade, mais je me demande qui aurait un tel pouvoir. Je pense qu'il faut une prise de conscience collective, à tous les niveaux. Par exemple, pourquoi systématiser l'emploi du seul nom de l'homme dans un domaine si la nana y bosse autant ? Pourquoi est-ce eux qu'on interroge prioritairement ?


En rendant de plus en plus visible la présence des femmes, elle devient normale. C'est un « petit  » effort à faire mais qui pourrait s'avérer payant. on peut aussi s'interroger sur le traitement des médias, qui, souvent quand ils parlent de femmes, les catégorisent à part (et souvent en les parant de vertus qui ne sont que de gros clichés).


C'est pourquoi je ne suis pas favorable à des trophées seulement féminins : ça fait un peu, outre le lot de consolation, comme si on était des êtres complètement différents des mecs.

Que pensez-vous des collectifs de vigneronnes qui se forment dans différentes régions viticoles ?

Dans l'absolu c'est une bonne idée de se rassembler : il y a plus d'idées dans plusieurs têtes que dans une seule. Le danger c'est de recréer un clivage entre femmes et hommes. Surtout quand ces collectifs insistent sur « une certaine idée de la féminité »... Au final, cette idée est peut-être aussi excluante pour certaines femmes qui ne s'y reconnaissent pas.


Personnellement, je préfère les initiatives mixtes : ainsi, la présence des femmes n'apparaît pas comme une faveur, mais quelque chose de normal et d'intègre. Toutefois, si les associations peuvent donner confiance aux femmes pour entreprendre, alors disons que c'est un début.

Comment accueillez-vous la réponse de la RVF ?


C'est un petit pas pour la femme dans le vin. C'est de l'ordre de la symbolique, on est d’accord, mais ce genre de symbolique peut peut-être rendre à terme « normale  » la présence de femmes, et aider les futures vigneronnes, journalistes ou femmes du vin pour se décider à intégrer ce milieu.


Je crois en la vertu de l'exemple : plus on met des femmes dans des palmarès, plus on les montre, et plus cela peut créer des vocations.

*Riad Sattouf, auteur de bandes dessinées, était monté au créneau pour dénoncer l'absence de femmes dans la sélection élaborée par le Festival de la BD d'Angoulême.