Un débat nourrissant
«Il devient fondamental d’interpeller le grand public sur le rôle premier de l’agriculture qui est avant tout de nourrir la population», rappelle avec force Constant Floquet, président des Jeunes Agriculteurs de la Marne. L’assemblée générale, qui se tient ce jeudi 19 janvier à l’IUT de Reims, place ce thème au centre des débats. Olivier Lapierre, directeur du Centre d’études et de recherche sur l’économie et l’organisation des productions animales (Cereopa), transmet des données chiffrées. «En 2050, l’agriculture devra être capable de nourrir 9,1 milliards de per-sonnes, lance-t-il. Ce qui se traduirait par une augmentation de 50 % de la production en céréales et un doublement de la production de viandes.» Mais parallèlement les surfaces disponibles se réduiront et il sera nécessaire de limiter la pression des pratiques agricoles sur l’environnement. «On peut alors envisager que 90 % de l’augmentation de la production agricole devra être issue de l’augmentation des rendements et du taux de valo-risation de la production agri-cole», estime le spécialiste.

Le président des JA 51, Constant Floquet (à droite) et le secrétaire général, Jean-Christophe Velly, ont insisté sur le rôle des jeunes pour communiquer sur la fonction première de l’agriculture. - © A.R.
Etre productif et fier de l’être
Il faudra donc faire plus avec moins. «Nous sommes face à un enjeu de productivité», observe Olivier Lapierre. Pour évaluer le nombre théorique de personnes qu’une exploitation est capable de nourrir pendant un an, avec les quantités annuelles nettes de matières premières émises par l’exploitation et valorisables en alimentation humaine, il a développé avec son équipe un outil : PerfAlim. Il est mis gratuitement à la disposition de tous et se télécharge sur le site du Cereopa*. «On peut être produc-tif et fier de l’être. La productivité ne doit pas être perçue comme une faute mais, bien au contraire, comme une performance, affirme le directeur du centre d’études. Le calcul du potentiel nourricier s’inscrit dans une démarche d’optimisation de la performance des systèmes agricoles en intégrant trois critères : économique, environnemental et «sociétal»».
Une consommation excessive
Parler de performance nourricière d’une exploitation est un axe de communication intéressant. Il permet notamment de rappeler au grand public le rôle premier de l’agriculture, un rôle trop souvent occulté. «La performance alimentaire permet également de proposer une vision de l’agriculture plus nuancée que celle qui n’en retient souvent que l’impact sur l’environnement», estime le spécialiste. Les Jeunes Agriculteurs l’ont bien compris. Ils ont développé des supports de communication avec le portrait de jeunes producteurs accompagné de cette donnée chiffrée : le nombre de personnes théoriques que l’exploitation est capable de nourrir. En 2010, le thème était par ailleurs au centre de la manifestation «Nature capitale» à Paris. Manifestation à laquelle les JA 51 ont participé. «Nous avons également communiqué sur ce sujet lors de la Foire de Châlons, rappelle Jean-Christophe Velly, secrétaire général des JA 51. Une occasion unique pour aller à la rencontre du grand public et de parler de notre métier».
Dans le rapport d’activité des JA 51, présenté sous la forme d’un journal télévisé (images et reportages à l’appui), les autres sujets qui tiennent à cœur des jeunes agriculteurs sont évoqués. Parmi eux : la consommation excessive des terres agricoles. «24 m² de terres disparaissent chaque seconde dans le monde. La consommation des terres agricoles est excessive et est devenue intolérable, estime Jean-Christophe Velly. En juin dernier, nous avons par exemple mené une action symbolique à Recy sur 7 hectares non utilisés depuis plus de dix ans pour sensibiliser le grand public et interpeller les politiques.»
Autre thème à l’honneur lors de cette AG : l’installation. «Une affaire de JA», comme aime à le rappeler Constant Floquet. «Et pourtant, l’installation devient un pari sur l’avenir. C’est inacceptable», ajoute excédé le président des JA 51. Un thème repris le même jour par les JA au niveau national suite aux vœux de Nicolas Sarkozy au monde agricole. Ils reprennent dans leur communiqué une phrase du Président : «une profession où les jeunes ne s’installent plus, c’est une profession qui est morte». Après les mots, les JA attendent désormais des actions.
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