«Fermes bio ouvertes» : zoom sur le semis et la préparation des sols
Les premières journées «Fermes bio ouvertes», qui se sont tenues en décembre dernier chez Sylvain Pienne à Bréban et chez Claude Rollet à Courtisols, ont été l’occasion de faire le point sur les travaux en agriculture biologique réalisés à l’automne. Gestion de l’interculture, travail du sol, choix variétal… autant de techniques et de pratiques qu’a découvert la cinquantaine d’agriculteurs présents. Les engrais verts : intérêt doublé en bio Aujourd’hui, une deuxième voie est testée avec les associations crucifères/légumineuses (vesces). Dans un certain nombre de cas, ces associations ont permis de procurer un supplément de productivité sur la culture qui suivait l’engrais vert (orge de printemps), qui n’est pas seulement un effet azote. Cette piste semble donc intéressante, à condition de réaliser un semis suffisamment précoce (au plus tard début août) pour permettre un développement significatif de la légumineuse… La gestion de l’interculture en agriculture biologique a suscité l’intérêt des participants, qui ont beaucoup échangé sur ces pratiques, tout comme sur l’autre thème technique abordé lors de ces premières rencontres «Fermes bio ouvertes» : la préparation du sol et le faux semis.
L’implantation des engrais verts est une pratique largement répandue en conventionnel comme en bio. Dans le premier cas, son usage s’est généralisé grâce à l’effet «piège à nitrates». En bio, son intérêt est accru car l’usage de fertilisants organiques favorise une libération tardive d’azote (été et automne) dont les cultures d’été ne tirent pas ou peu parti. Cet azote doit donc être capté et remis à disposition de la culture suivante grâce à l’engrais vert. Le développement de certaines moutardes implantées en bio témoigne des quantités d’azote disponible et de l’effet de ce couvert. Dans cette optique, la moutarde reste l’espèce la plus utilisée pour sa capacité de piégeage et le coût modeste des semences. D’autres sont néanmoins utilisées car elles peuvent apporter des effets de coupure (phacélie, niger) ou sur la structure du sol (radis, avoine, seigle) mais leur utilisation est plus marginale, souvent freinée par le prix des semences. Chez Claude Rollet et Sylvain Pienne, c’est la moutarde qui est utilisée. Elle est ensuite enfouie par un labour d’hiver, parfois avec un broyage préalable.
Le travail du sol à l’automne : essentiel contre les adventices Le premier est efficace sur graminées et dicotylédones, à condition qu’il pleuve de façon suffisante pour assurer la levée. La destruction des levées est réalisée par l’outil de semis, ou un passage de herse étrille, s’il parait nécessaire de renouveler l’opération. Le décalage des dates de semis est lui aussi un levier puissant pour la gestion des adventices et en particulier des graminées. En Champagne, il est facile à utiliser, avec des dates optimales proches du 1er novembre. En zone de bordure, les conditions d’accès aux parcelles à l’automne obligent à faire des compromis, et dans ce cas les semis se réalisent plutôt vers le 15-20 octobre. Mais c’est parfois difficile de résister de l’aveu même de Sylvain Pienne : «quand on rencontre ses collègues au 20 octobre, et qu’ils vous disent : «tu n’as encore rien semé ?», c’est un peu déstabilisant !». Claude Rollet quant à lui utilise assez peu les faux semis : «on déchaume après la moisson une ou deux fois, puis on laboure vers le 20 octobre et on sème dans les jours qui suivent. Mais la rotation est assez variée avec pas mal de cultures de printemps». Mais préparer son sol est une chose, encore faut-il semer les variétés les plus adaptées à son sol, ses pratiques mais aussi ses débouchés.
Pour implanter les cultures d’hiver en bio, le travail du sol n’assure pas uniquement la fonction de mise en place d’un profil favorable à la culture. Par les interventions mécaniques, on doit au minimum éviter le développement des adventices, et au mieux permettre à la culture de prendre le dessus pour pouvoir désherber mécaniquement. Pour cela, les faux semis et le décalage des semis par rapport au conventionnel sont deux leviers disponibles.
Variétés blé : s’adapter à ses débouchés Ces journées «Fermes bio ouvertes» ont donc été l’occasion pour les agriculteurs de découvrir les pratiques bio, mais aussi de faire un point sur les méthodes de raisonnement. Les rencontres du printemps permettront d’observer l’évolution des parcelles et de mesurer l’impact de l’itinéraire sur les cultures. Une bonne occasion de confronter la théorie à la pratique !
Le blé est l’espèce qui procure le plus souvent la meilleure marge brute en rotation bio. Cette bonne marge est toutefois liée à un prix de vente élevé grâce à un débouché en meunerie. Pour cela, le choix variétal revêt une grande importance. L’offre actuelle est importante, le blé est l’espèce pour laquelle le choix
est le plus large. On peut distinguer trois grands types de variétés :
- les variétés issues de la sélection bio obtenues en Autriche, Allemagne ou Suisse qui sont de grande taille, d’une bonne valeur boulangère, mais d’une productivité moyenne à faible. On trouvera parmi elles, Capo, Saturnus, Ataro,
- les variétés issues de la recherche française, pas spécifiquement bio mais de bonne qualité boulangère, avec une bonne tolérance aux maladies. De taille moyenne, elles sont en général assez productives. Renan et Pactole (obtentions de l’Inra) en sont l’exemple type, mais des produits plus récents arrivent sur le marché,
- des variétés issues de la recherche conventionnelle, résistantes aux maladies mais assez courtes et d’une qualité boulangère souvent médiocre (comme Attlass). Très productives, elles ont un intérêt pour des producteurs ayant un débouché dans un atelier d’élevage sur leur exploitation.
L’écart de rendement entre le premier groupe et le troisième est de un à deux. Le débouché visé conditionnera le choix variétal. Claude Rollet a choisi Pirénéo «car c’est un bon compromis entre rendement et qualité boulangère». Il a également cultivé Saturnus «pour son bon taux de protéines, mais elle est moins productive». Quant à Sylvain Pienne, il s’est orienté vers Attlass, Cadenza et Triso.
Des simulations technico-économiques de conversion en Champagne-Ardenne Prochaine rencontre «Fermes bio ouvertes» : mardi 9 février à Avenay Val d’Or Pour plus d’informations :
La première rencontre «Fermes bio ouvertes» a également été l’occasion d’aborder un volet économique : les simulations technico-économiques de conversion en Champagne-Ardenne. Cette étude, réalisée en 2008 par les Chambres d’agriculture de la région, a pour objectif d’étudier l’impact de la conversion sur différentes exploitations représentatives. Pour les grandes cultures, deux cas-types ont été étudiés : un système grandes cultures à petit quota betteravier en Champagne crayeuse et un système grandes cultures 100% Scop en Champagne humide. Dans les deux cas, l’impact de la conversion de l’exploitation, qu’elle soit partielle ou totale, est positif. On observe même une augmentation des revenus lorsque la technique est maîtrisée.
La synthèse de cette étude est disponible sur simple demande auprès de la Chambre d’agriculture de la Marne : Claire Vanhée. Tél. 03.26.64.08.13
Le rendez-vous est fixé à 14 heures au Gaec du Batrau.
Programme :
- Côté technique : la fertilisation en agriculture biologique.
- Côté économique : les débouchés et les marchés des céréales biologiques, avec l’intervention de la Coopérative des céréales biologiques de Bourgogne (Cocebi).
Chambre d’agriculture de la Marne. www.marne.chambagri.fr. Claire Vanhée - Tél. 03.26.64.08.13
Frab Champagne-Ardenne. www.biochampagneardenne.org. Julien Vautrin - Tél. 03.26.64.96.81
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