Certifié «agriculture raisonnée» pour 1500 euros
Philippe Froment agriculteur à Champigneul Champagne et Pascal Prot président de Champagne Céréales (à droite). - © R. Cremonini
Agriculteur à Champigneul Champagne (à l’ouest de Châlons), Philippe Froment, 44 ans, est à la tête d’une exploitation qualifiée «agriculture raisonnée». Une démarche qui ne lui a pas demandé un investissement insurmontable puisqu’il se chiffre à 1500 euros, local phytos compris.
Dans la plaine champenoise, la ferme des Cours brûlés forme un ensemble homogène un peu à l’écart du village. Elle compte 168 ha (blé, orge, colza, maïs, betteraves, oignons, luzerne et parfois pomme de terre). L’EARL est certifié depuis février 2010. «Champagne Céréales avait lancé l’idée en 2007, explique Philippe Froment, j’ai fait l’autodiagnostic et à part le local phytos il ne me manquait pas grand-chose, je n’enregistrais pas les jachères quand elles étaient broyées et pour les semis, les traitements de semences». L’agriculteur passera sans difficultés les procédures débouchant à la certification, avec l’appui d’un accompagnement personnalisé mis en place par la coopérative. En effet, selon les besoins, un technicien peut aider à résoudre les points de non-conformité. La tâche n’a rien d’insurmontable et bien souvent l’exploitant est déjà dans les clous pour l’essentiel. Reste ensuite à confronter ses pratiques avec le cadre plus rigide du référentiel de l’agriculture raisonnée.
Ce document formule un certain nombre d’exigences auxquelles l’exploitant doit satisfaire. Des contraintes qui souvent ne sont pas nouvelles. Ainsi, il doit se tenir informé de l’évolution des techniques et des connaissances et se former aux techniques les plus adaptées au système de production ; et, le cas échéant, former et sensibiliser ses salariés aux pratiques de l’agriculture raisonnée. Il doit aussi intégrer l’exploitation agricole dans une démarche globale prenant en compte son contexte socio-économique et son environnement. Ce que résume Philippe Froment dans la formule, «montrer que nous sommes professionnels et capables de faire les choses bien».
Un volet porte sur la traçabilité des pratiques avec l’enregistrement des interventions effectuées. Les personnes présentes sur l’exploitation doivent être informées sur la santé et la sécurité au travail. La gestion des sols est prise en compte afin de préserver leur fertilité et leur qualité et de lutter contre l’érosion. Les risques de pollution du milieu naturel par les fertilisants doivent être réduits ; les pratiques de protection des cultures raisonnées ; l’irrigation minimisée et adaptée aux besoins de la plante...
Les déchets produits sur l’exploitation sont à trier et éliminer de manière à éviter toute détérioration des milieux. Enfin, l’exploitant doit contribuer à la protection des paysages et de la biodiversité.
L’environnement occupe une place importante. «C’est dans l’air du temps et il faut y penser pour les générations futures», relève Philippe Froment. La prochaine étape ce sera la formation du salarié qu’il partage avec une exploitation voisine, certifiée elle aussi.
Rappelons que la certification agriculture raisonnée devrait correspondre au niveau 2 de la certification haute valeur environnementale (HVE) mise en place dans le cadre du Grenelle. Le troisième niveau étant constitué d’obligations de résultats. La loi Grenelle 2, votée durant l’été 2010, a fixé un objectif de 50% des exploitations agricoles françaises engagées dans la certification environnementale HVE d’ici 2012.
Pascal prot : «il faut oser la certification»
«Il faut oser se lancer dans la certification agriculture raisonnée, sans forcément tout chambouler, mais en confrontant ce que vous pensez avec une équipe qui est hors de votre quotidien», explique Pascal Prot. Le président de Champagne Céréales illustre ses propos à partir de son expérience personnelle. «Je pensais avoir fait un projet nickel-chrome et résultat, on n’a rien gardé ce que ce j’avais prévu et ça m’a coûté un peu moins cher». Séparer l’activité sur l’exploitation de la vie familiale est important pour des raisons de sécurité et de qualité de travail. «Ces études passionnent les femmes qui ne sont pas toujours du monde agricole», observe M. Prot.
Il y a bien sûr des investissements à effectuer, «mais quand c’est étudié dans les temps, raisonné, c’est plus facile». La protection de l’eau et de l’environnement est un point important, «dont il faut prendre conscience».
Responsable du service aménagement des exploitations, Frédéric Guillaume a pour mission d’aller sur les exploitations pour rencontrer les adhérents et «regarder avec eux les problématiques qui se posent». La protection de l’eau est un point essentiel. Elle demande une attention particulière sur différents endroits de l’exploitation (cuves à carburant, à azote, point de remplissage des pulvérisateurs et zone de lavage, local phyto…).
Depuis octobre 2007 Champagne Céréales a accompagné 1 200 agriculteurs (sur 6500 adhérents livreurs) dans leur démarche d’autodiagnostic ; 130 sont certifiés agriculture raisonnée ; 1 400 ont passé le certiphyto.
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