Inter-Geda «la performance par l’agronomie» : échos des ateliers
Six ateliers étaient au programme d’Inter-Geda «la performance par l’agronomie». Chacun d’entre eux ont été préparés et animés par les agriculteurs adhérents de Geda, avec l’appui des conseillers de la Chambre d’agriculture de la Marne. Aujourd’hui, zoom sur deux ateliers : «cultures intermédiaires et engrais verts» et «bilan carbone».
Atelier «cultures intermédiaires et engrais verts»
Les cultures intermédiaires contribuent à la fertilité des sols
Jusqu’à présent considérées comme une contrainte, les cultures intermédiaires ont été présentées sous un nouveau jour : les bénéfices possibles qu’elles pouvaient apporter. Patrick Leroy, agriculteur adhérent Geda et l’un des animateurs de cet atelier, précise que «le groupe s’est focalisé sur l’élément azote au travers des fonctions engrais vert et pièges à nitrates». Une expérimentation a ainsi été menée à Gaye, conjointement par les Geda, la Chambre d’agriculture de la Marne et Arvalis, sur le rôle d’engrais verts de la culture intermédiaire. Les premiers résultats ont été restitués à l’occasion d’Inter-Geda. Ils révèlent que :
- Plus un couvert est développé plus il a absorbé d’azote.
- Le coefficient d’absorption est différent suivant les espèces, et ce sont les légumineuses qui absorbent le plus d’azote par kg de végétal.
- 50% de l’azote ainsi absorbé est minéralisé la première année sur le site de Gaye (sur d’autres lieux le taux se situe autour de 30%).
- Un couvert à base de légumineuses permet un gain de rendement de 10 qtx ou une économie de 40 U sur le site de Gaye.
Ces éléments sont à la fois confortés et nuancés par les résultats de la synthèse régionale puisque 60% des essais répondent de manière similaire.
L’implantation d’une culture intermédiaire revêt donc une importance capitale puisqu’elle conditionne le bon développement du couvert et par conséquent tout son intérêt ultérieur. «Il ne faut pas négliger son couvert si l’on souhaite bien le valoriser», selon Patrick Leroy.
Les résultats des essais de Gaye ont donné lieu à de nombreux échanges entre agriculteurs sur leurs pratiques et sur les pistes que chacun pourra explorer sur son exploitation. Par exemple, aucun effet dépressif d’une interculture à base de légumineuses n’a été relevé à ce jour. Pour Patrick Leroy, «de tels mélanges s’avèrent très souvent bénéfiques à la culture suivante».
Mais quelle culture intermédiaire choisir ? Une vitrine de 26 couverts, avec des espèces peu courantes dans la plaine, avait été réalisée à l’occasion d’Inter-Geda. Outre la découverte d’espèces comme la vesce pourpre, l’avoine diploïde, la moutarde brune, cette plate-forme a permis de visualiser quelques associations possibles comme celle de huit espèces, ou le mélange très azoté de vesce, féverole et moutarde.
Quant au choix de l’outil, bien que propre à chaque système, il est le résultat du compromis entre débit de chantier, coût et qualité de travail. Une démonstration de destruction de couvert a notamment permis aux 400 participants de juger la qualité du travail des différents outils mis en œuvre.
Les travaux du groupe d’agriculteurs adhérents Geda, à l’initiative de cet atelier, ne s’arrêtent pas à ces premiers résultats. D’autres pistes restent encore à explorer, comme le rappelle Patrick Leroy : «nous renouvelons l’expérimentation de Gaye pour mieux connaître la «libération de l’azote» par le sol mais également l’apport de matière organique par le couvert, son rôle dans la fertilité globale du sol». Autant de défis à relever… !
Rémi Vanhaesebroucke
Atelier «bilan carbone»
Les petits ruisseaux font les grandes rivières
Pour de nombreux experts, le CO2 (dioxyde de carbone), N2O (protoxyde d’azote) et le CH4 (méthane) sont responsables du réchauffement climatique. En France, un quart des émissions de ces gaz est produit par le secteur agricole. Comment réduire ces émissions ? Telle était la question à laquelle les 11 agriculteurs adhérents Geda ont essayé de répondre, en préparant cet atelier depuis un an.
De l’émission de gaz à effet de serre aux besoins en énergie de l’exploitation
Pour étudier ces rejets à l’échelle de l’exploitation, un outil de diagnostic mono critère a été développé «Planète», reconnu par le ministère de l’Agriculture. Comprendre son fonctionnement, ses atouts et limites a été le premier travail à réaliser par le groupe bilan carbone.
«Planète» consiste à réaliser un bilan précis des émissions mais également de l’énergie consommée et produite par chaque exploitation. A l’entrée, on recense les énergies directes (fioul, électricité, gaz...) et indirectes (achats d’aliment, d’engrais, de semences, phytos, matériels...) consommées par l’entreprise agricole. A la sortie, on estime la quantité d’énergie contenue dans les produits vendus (schéma ci-contre).
Chaque poste de consommation énergétique est également émetteur de gaz à effet de serre, ce qui permet d’en estimer la quantité émise sur l’ensemble de l’exploitation et de relier les deux notions.
«Planète» à l’essai dans la Marne
Un groupe pionnier d’adhérents du Geda d’Esternay a travaillé en 2009 avec cet outil sur les exploitations de ses membres. En grandes cultures, les deux postes les plus énergivores sont les engrais (azote en particulier) et le carburant (Graphique).
Les agriculteurs peuvent ainsi se comparer entre eux, identifier les marges de progrès et mettre en place les actions adéquates. Outre l’aspect environnemental, ce travail permet également d’optimiser ses charges.
Diverses pistes à l’étude pour limiter ses besoins en énergie
Au travers de plusieurs scenarii sur une exploitation fictive de 141 ha de SAU, les agriculteurs du groupe «bilan carbone» ont estimé les gains réalisables sur les deux postes (azote et fioul) : labour, non labour, semi-direct, agriculture de précision, recours aux matières organiques, impact des légumineuses, agriculture biologique, gestion interculture, mélange entre espèces.
Sans révolutionner les systèmes, chaque piste apporte sa pierre à l’édifice. En grandes cultures, il ne semble pas y avoir de levier majeur mais on peut améliorer son système brique par brique. L’enjeu est non seulement environnemental mais aussi économique car rien qu’en regardant le poste azote sur une ferme de 140 ha, il faut environ 22 000 unités d’azote par an, une variation de 0,5 e/unité impacte de 11 000 e son résultat ! Autant y réfléchir et chercher des solutions alternatives à nos pratiques actuelles.
Les travaux de cet atelier lancent le début d’une réflexion que devra avoir chaque exploitant. D’autres pistes seront explorées dans les prochains mois : l’outil Perf Agro développé par Paris-Grignon, le suivi des travaux sur les cultures intermédiaires sous l’angle fourniture d’azote…
Silvère Picard – David Hervé
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