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Populiculture

A la veille d´une crise importante

Faute d´entreprise de première transformation, les populiculteurs de la région Champagne Ardenne voient avec inquiétude l´avenir de cette culture.

22 septembre 2005 B. Barboyon Vu 836 fois

Le groupe de travail "peuplier" de l´Institut pour le Développement Forestier a organisé son voyage annuel, les 13 et 14 septembre, dans la Marne, plus exactement dans l´Est de ce département qui s´avère être l´un des premiers bassins de peupliers de France. Occasion de faire le point, à Moncetz-l´Abbaye, Norrois, Vitry en Perthois et Pargny sur Saulx sur les aspects techniques de la conduite des peupliers (plantations, désherbage, traitements, caractéristiques des diverses variétés) et sur l´évolution des techniques d´arrachage et de coupe.

Mais occasion également, de voir l´aspect commercialisation, son évolution et ce qu´il faut attendre de l´avenir en la matière. Et il faut bien dire que, sur le chapitre, les perspectives s´avèrent sombres. Il ne faut pas en chercher la cause dans l´importance de l´offre car la tempête de 1999 est passée par là. En effet, l´évaluation de la récolte de bois d´oeuvre de peuplier, en 2003, a été de 160 822 m3, contre 318 799 en 2000, 313 201 en 1998 et 463 000 en 1991. Qui plus est, les disponibilités Champardennaises vont diminuer dans les 5 ans à venir. Il y aura donc un trou de production. Il faut plutôt analyser l´aspect transformation et commercialisation. En effet, dans ce bassin de production qui est l´une des premières de France, il n´existe, dans le quart nord est, plus aucune petite scierie ou entreprise de première transformation. Il en résulte que les billons de bois partent directement en Italie pour y être déroulés (cf. encadré) et transformés et utilisés dans le placage pour l´aménagement des maisons, les meubles et d´autres dérivés et sous-produits.
Cela induit des coûts de transports élevés, accentués par l´explosion du prix du carburant. Les spécialistes estiment le coût actuel à 70 euros la tonne, contre 40 en 2000, ce qui rend également difficile l´alimentation des autres régions de l´Hexagone. Ils font également remarquer que 60% de la valeur du bois expédié en Italie sont représentés par le chargement et le transport.

Les débouchés s´avèrent de plus en plus aléatoires et la profession fait beaucoup d´efforts pour conserver ses marchés d´exportation. Il faut y ajouter la concurrence accrue des peupliers des pays de l´Est, notamment de Hongrie. Et le problème risque de devenir crucial dans quelques années, lorsque les plantations faites après la tempête arriveront à terme.

Questions
Les populiculteurs du Nord Est font donc remarquer qu´ils sont à la veille d´une crise importante et que cette crise va devenir nationale. Il en résulterait des chutes de revenu pour eux, sans oublier les pertes d´emploi qui en découleront.
Face à cette situation, ils posent la question : Pourquoi les industriels ne veulent-ils pas investir ? Les Espagnols et les Portugais le font bien. La réponse leur a été donnée : les industriels français jugent ce secteur non rentable pour eux.

D´autres questions fusent : pourquoi ne pas réaliser des plans d´approvisionnement pour faire revenir les industriels ? Pour le pôle de compétitivité Picardie-Champagne Ardenne ne pourrait-il pas maîtriser le déroulage ? Pourquoi ne pas utiliser le peuplier pour la fabrication de maisons puisque ses qualités militent en sa faveur ?
Ils insistent surtout sur "la nécessité d´une volonté interrégionale pour recréer l´industrie du peuplier". Leur légitime souci est d´arrêter que la région soit simplement pourvoyeuse de matière première : "Faisons nous-mêmes la valeur ajoutée".

Mais l´avenir passe également par une certaine évolution du comportement dans la conduite des plantations : tailler et élaguer très tôt pour avoir un bois de haute qualité, obtenir des bois sains, jeunes, droits et blancs, revenir à des densités de plantations plus fortes (200 pieds/ha), choisir des variétés qui ne fendent pas, continuer à traiter contre la rouille pour faire croître plus rapidement la circonférence.
Chacun s´accorde pour reconnaître que l´exploitation du peuplier, même s´il s´agit de l´une des essences les plus "rentables" et que le propriétaire bénéficie de mesures fiscales, est loin d´être une source de revenu importante, mais mérite d´être poursuivie, et pourquoi pas, développée.

B. Barboyon


Repères
Le peuplier a deux usages principaux :
- le déroulage, technique qui consiste à débiter une bille de bois en une feuille de placage mince et continue. Deux destinations : le contreplaqué, décliné en qualités très différentes, et les emballages.
- le sciage : on distingue les parties valorisantes (planches à literie, équipement interne des maisons et charpentes), et les parties non valorisantes (palettes...)

La peupleraie en Champagne Ardenne :
- Ardennes 2500 ha
- Aube : 5550 ha
- Marne : 9250 ha
- Haute Marne : 1520 ha

Evolution de la récolte de bois d´oeuvre de peuplier :
1975 : 161 145 m3, 1980 : 176 006 m3, 1985 : 193 834 m3, 1990 : 443 435 m3, 1995 : 336 324 m3, 2000 : 339 899 m3, 2003 : 160 822 m3.

Surfaces en Champagne Ardenne :
21 250 ha (peupleraie en plein, peupleraie en forêt, alignements de peupliers)

Surfaces en France
:
170 470 ha Dans la Marne, en 2000 : 7% de la surface totale de production forestière étaient occupés par la peupleraie, qui a fourni 39 % de la production bois d´oeuvre globale.

 

 

 
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