Bruno Le Maire : Je suis convaincu qu’il faut un plan d’urgence global qui touche toutes les filières"
Relations avec la FNSEA : "Elles sont très bonnes. Elles le sont avec tous les syndicats représentatifs du monde agricole". - © Rodolphe de Ceglie
Lundi 19 octobre, la Commission européenne débloquait 280 millions d’euros pour être distribués en aides directes aux producteurs de lait et acceptait l’essentiel des points de votre document sur la régulation. Que va-t-il se passer maintenant ?
La nécessité de la régulation des marchés agricoles est devenue une idée acceptée par la plupart de nos partenaires européens.
Nous avons le soutien de vingt et un États membres, du Parlement européen qui s’est exprimé en faveur des propositions francoallemandes et de la Cour des comptes européenne qui s’est également prononcée en faveur de cette régulation.
La Commission européenne a, en effet, repris point par point toutes les propositions - à l’exception de l’une d’entre elles sur l’alimentation animale -, figurant dans le document des vingt et un Etats membres signé à Vienne.
J’estime que la France a fait considérablement bouger les lignes et emporté une vraie victoire diplomatique en mettant le dossier de la régulation sur la table des discussions européennes. Un chemin très important reste cependant à parcourir pour définir de manière plus large cette régulation à la fois dans le secteur du lait et dans les autres secteurs agricoles.
Un groupe de travail de haut niveau, mis en place par la Commission, doit rendre ses conclusions en juin 2010. Mais je souhaite qu’il formule des propositions au fil des mois.
Juin 2010, c’est loin ?
Soit on veut bâtir quelque chose de grande ampleur, c’est-à-dire une régulation de l’ensemble des marchés agricoles européens et pas simplement du marché du lait : alors il faut s’interroger sur les instruments les plus efficaces ou les nouveaux instruments à mettre en place, sur le champ que l’on fixe à cette régulation.
Cela prendra forcément du temps. Soit, au contraire, on fait du rafistolage et cela sera fait en quelques semaines. Je n’envisage pas cette solution, préférant que l’on prenne le temps nécessaire pour bâtir une vraie régulation solide de l’ensemble des marchés agricoles européens.
Allez-vous réunir le groupe des vingt et un États membres parallèlement à ce groupe de travail de haut niveau ?
Je souhaite continuer nos travaux sur la régulation avec les 27 États membres de façon à nourrir les travaux du groupe de haut niveau. Une association du Royaume- Uni, du Danemark, et des Pays- Bas à ces travaux serait utile de façon à recueillir le plus large consensus.
Dès qu’une proposition sera arrêtée, elle devra être rapidement mise en oeuvre. Je pense, par exemple, à l’ouverture de l’OCM (Ndlr : Organisation commune de marché) unique de façon à définir de nouvelles règles de fonctionnement dans chaque État entre les producteurs. Si jamais un accord se dégage rapidement sur une de ces mesures, n’attendons pas les conclusions de juin 2010 pour la rendre opérationnelle.
Qu’attendez-vous exactement de la renégociation de l’OCM unique ?
La possibilité pour les producteurs de mieux s’organiser dans le secteur du lait de façon à mieux défendre leurs intérêts face aux industriels.
Nous avons vu dans le passé que, lorsqu’ils ont voulu mieux s’organiser, on leur a opposé des règles européennes pour leur signifier que cette organisation n’était pas conforme aux règles de la concurrence. Je pense qu’il serait utile que les règles européennes s’assouplissent pour permettre aux producteurs de mieux s’organiser.

Régulation : "J'estime que la France a fait considérablement bouger les lignes et emporter une vraie victoire diplomatique". - © Rodolphe de Ceglie
Les contours de la contractualisation devraient-ils être décrits dans la loi de modernisation agricole (LMA) ?
Je préfère parler de contrat et d’accord passé entre producteurs et industriels et éviter toute incompréhension sur l’objectif de cette nouvelle relation : il ne s’agit pas d’aller vers une intégration du producteur agricole dans les groupes industriels. Pour que ces contrats ou accords soient justes et équitables, il est important qu’il y ait un cadre général défini par la loi. Elle doit fixer un certain nombre de conditions indiquant ce qui doit figurer dans le contrat entre producteurs et industriels. Ensuite, la liberté de conclure ces contrats appartient, bien entendu, à chaque producteur et à chaque industriel.
Comment peut se passer la mise en place des volumes indicatifs européens que vous évoquez souvent ?
À l’échelle européenne, la question centrale est de savoir comment on fait pour éviter que la disparition des quotas à l’échéance 2015 ne se traduise par un retour à la surproduction de lait. Tant qu’on ne m’a pas fourni une réponse satisfaisante, j’en reste à l’idée qu’il faudra nécessairement une indication sur les volumes, fournie par un opérateur européen. Il est important que nous ne fermions pas, d’emblée, la porte à la discussion sur cette question des volumes.
La négociation sur les prix de 2010 doit-elle se faire au sein de l’interprofession ou d’une autre structure incluant également les syndicats minoritaires ?
C’est à l’interprofession de discuter de cette question des indicateurs sur le prix du lait pour 2010. Il est important qu’elle entame cette discussion rapidement, afin de répondre aux fortes attentes des producteurs sur le terrain. Ils observent un frémissement sur les prix des produits laitiers, il est légitime qu’ils voient l’interprofession se remettre à discuter de ces indicateurs sur le lait pour 2010.
Les syndicats minoritaires doivent-ils participer à cette discussion ?
Vous ne pouvez pas changer du jour au lendemain toutes les règles de fonctionnement d’un secteur économique, sinon vous courez le risque de le perturber et de l’affaiblir. J’ai conduit les discussions sur l’avenir de la filière avec tout le monde : les organisations syndicales représentatives, les industriels, les distributeurs, les consommateurs. Sur la question du prix, ce n’est pas le rôle de l’État de définir le prix du lait. L’interprofession a vocation à prendre l’initiative. Cette interprofession est un organisme de droit privé. C’est donc à elle de définir les modalités de son fonctionnement et de tracer les perspectives pour l’avenir. Me concernant, comme ministre de l’Agriculture, ma méthode de travail restera la même, c’est-à-dire de travailler avec tout le monde.
Les interprofessions sont pourtant régies par une loi ?
La loi définit un cadre. Mais le fonctionnement interne relève de la responsabilité de l’interprofession. Chacun a sa méthode de travail. Ma méthode me semble appropriée à la situation de crise actuelle. Je veux entendre les préoccupations de chacun de façon à prendre des décisions qui répondent aux attentes de chacun sur le terrain. C’est ma responsabilité de Ministre. Les interprofessions ont leurs propres responsabilités et prennent leurs propres décisions de manière autonome.
Les interprofessions, à l’heure où la PAC voit son rôle se réduire, pourraient-elles devenir des instruments majeurs de régulation ?
Les interprofessions ont un rôle très important à jouer dans l’organisation du monde agricole et dans la définition d’un certain nombre de choix pour l’avenir. Dans les périodes difficiles comme celle que nous connaissons aujourd’hui, chacun doit exercer la responsabilité qui lui incombe. S’agissant de la Pac, je ne partage pas l’idée selon laquelle elle devrait se retirer de la définition des grandes orientations politiques et laisser chacun libre d’exercer son activité à l’échelle nationale, sans perspective commune. Il est urgent de redéfinir les objectifs de la politique agricole commune. Je propose qu’on la rebaptise "politique alimentaire et agricole européenne", parce que je crois que l’alimentation doit devenir l’objectif politique numéro "un" de l’agriculture européenne. Cela veut dire : sécurité alimentaire, sécurité sanitaire totale et respect du développement durable…
Pour en savoir plus : retrouvez la totalité de cet entretien, page 4 et 5 du journal La Marne Agricole n°2878 du 30 octobre 2009
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