La présidence tchèque ne peut pas être accusée de faiblesse envers la Politique agricole commune. Et pourtant, c’est elle qui vient d’écrire qu’il est « plus que jamais nécessaire que les États membres s’en tiennent aux principes existants de la Pac et agissent ensemble vers des objectifs communs au moyen de politiques prudentes ». Les Tchèques, parlant au nom de l’Europe, redécouvrent en fait les deux vertus de la Pac : politique commune et régulation.
Déficit d’idées
La présidence tchèque persiste et signe : «la grande incertitude actuelle sur les marchés internationaux et la menace d’une récession ayant un impact sur l’agriculture ne devraient pas amener à créer une nouvelle politique qui affaiblirait ou ferait oublier ces principes». En revanche, «ces temps difficiles pourraient avoir révélé un déficit d’idées pour inventer ou renforcer les mesures communes visant à diminuer l’exposition des agriculteurs aux risques». Le gouvernement tchèque n’hésite pas à avancer quelques idées : la diversification des activités sur la ferme, le soutien à l’association et à la fusion des exploitations, l’équilibre du niveau de soutien entre les différents secteurs ou au sein d’un même secteur entre les régions de l’UE, l’exploration d’instruments de gestion des risques et des crises, etc. Enfin, la présidence pose une dernière question : «le temps est-il venu, maintenant, d’envisager des incitations sérieuses et fiables pour amener les jeunes à l’agriculture ?».
Spirale de coûts
L’analyse de la présidence, que la France n’aurait sans doute dédaigné de signer, suit une description sans fard de la situation économique : «il y a peu, les prix records des céréales, en 2006-2007, offraient aux agriculteurs des revenus records […] Récemment, une nouvelle réalité a, en quelques mois, dessiné un paysage exactement à l’opposé et déçu leurs attentes généralement optimistes. La crise économique les a enfermés en 2008 dans une spirale de coûts contrastant avec une chute sensible des prix de marché pour les principaux produits». Il «semble apparent» que les exploitants européens sont frappés par cette crise, souligne le document : croissance de la demande freinée, pressions pour maintenir des prix alimentaires bas alors qu’augmentent les prix des moyens de production, accès plus rigoureux au crédit et exigences plus strictes en matière de projections de cash-flow, évolution récente des prix du pétrole qui risque de rendre moins attractive la production à des fins non alimentaires.
Pas de conclusions prématurées
Néanmoins, ajoute la présidence tchèque, «contrairement à d’autres secteurs», l’agriculture peut bénéficier de «nombreux mécanismes de marché et dispositions» au titre du premier piler de la Pac, d’une demande de denrées alimentaires «constituant une variable relativement stable jouant comme un stabilisateur contre cyclique», de «rentrées stables» sous la forme des paiements directs «assurant un effet d’amortissement minimum lors de chutes radicales du revenu» et d’un système de soutien financier à la diversification des activités grâce aux projets de développement rural.
«Il pourrait sembler prématuré d’évaluer dans quelle proportion la crise actuelle a un impact sur les structures fondamentales de l’agriculture et comment elle pourrait en conséquence détériorer la situation des agriculteurs européens», poursuit la présidence. Selon elle, une discussion des ministres de l’Agriculture s’avère pourtant nécessaire pour se demander si «la récession a un impact égal sur toutes les branches de la Pac et toutes les régions de l’UE», «dans quelle mesure la situation actuelle de ce secteur est pire ou meilleure que celle des autres secteurs de l’économie» et comment cette situation peut être prise en compte par les dispositifs de la politique commune. Une politique commune qu’un membre de l’UE aussi récent que la République tchèque ne compte manifestement pas remettre en cause.
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