Protection des plantes : la contre-offensive des industriels
Notre poison quotidien, manger peut-il nuire à notre santé ? Le livre noir de l’agriculture, la campagne d’affichage de France nature environnement contre l’agriculture intensive. Autant de livres, de films, d’émissions TV qui alertent l’opinion sur les risques alimentaires auxquels sont exposés les Français. En ligne de mire, les pesticides dont les agriculteurs feraient un usage inconsidéré.
Alors que l’«agriculture n’a rien à voir avec celle des années 70», observe Jean-Charles Bocquet, le directeur de l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP). «On parle beaucoup dans les reportages et les livres de produits qui n’existent plus», observe-t-il. Son sentiment est que toutes ces attaques médiatiques sont construites à partir d’observations et d’analyses qui commencent à dater.
En effet, les produits phytosanitaires qui sont sur le marché aujourd’hui n’ont rien à voir avec ceux qui étaient utilisés, il y a quarante ans. Si dans les années 60, on donnait la priorité aux caractéristiques agronomiques des produits autorisés, les études sur la toxicité étaient à l’époque limitées, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Au fil du temps, les exigences en matière de santé et d’environnement ont été renforcées et les critères d’évaluation et d’homologation ont été considérablement durcis. Ainsi «sur 1000 substances actives qui étaient en circulation dans les années 70, 74% ont disparu. Seules restent 26% qui répondent aux nouvelles exigences», souligne-t-il.
En outre, les doses d’utilisation ont été considérablement réduites. «De deux kg par hectare dans les années 50, on est arrivé à 100 g. En même temps, les produits sont moins toxiques», poursuit-il. Et puis les pratiques des agriculteurs ont changé. Autrefois et jusque dans les années 80, ils procédaient à des traitements systématiques, sur la base d’un calendrier, aujourd’hui, ils n’interviennent que si le besoin s’en fait sentir. Conséquence, depuis 2001, «le tonnage des pesticides utilisés a diminué de 36%», constate l’UIPP. Sans oublier que les agriculteurs sont aujourd’hui beaucoup sensibilisés aux précautions à prendre pour les répandre et que les emballages sont systématiquement récupérés.
Espérance de vie
Côté consommateurs, «les marges de sécurité sont énormes», estime Jean-Charles Bocquet. Pour quelqu’un qui consommerait 400 g de fruits et légumes par jour, la recommandation du PNNS, le taux observé de résidus ne représente que 6% de la dose journalière admissible. «Soit quinze fois en dessous» du seuil de toxicité.
Et que dire de l’effet cocktail, c’est-à-dire l’impact des mélanges de produits à faible dose ? «On n’a pas pu mettre en évidence des cocktails qui auraient un effet sur la santé».
Quant aux agriculteurs qui sont les premiers concernés, en raison de leur exposition aux pesticides, Jean-Charles Bocquet observe que leur espérance de vie est plutôt meilleure que celle de la moyenne des Français. Et qu’ils auraient en France comme aux Etats-Unis moins de cancers que les autres catégories socioprofessionnelles. Sauf pour certains types de cancers bien identifiés (prostate, tumeurs cérébrales) ainsi que la maladie de Parkinson qui seraient plus fréquents chez les agriculteurs.
Avant de conclure que sans protection des plantes, les rendements seraient inférieurs de 30 à 40% à ce qu’ils sont actuellement. Ce qui ne serait pas sans poser de problèmes pour l’alimentation de la planète qui va compter 9 milliards d’êtres humains en 2050.
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