Phyt’Eau-Réf devrait faire des émules en France
Gérard Aubrion, Jean Collart et Karine Salles ont expliqué le pourquoi et le comment de la plateforme expérimentale de Thibie, dont ils s’occupent au quotidien. - © P. Schilde
«Pour les résultats, c’est encore trop tôt. Il faut trois à cinq ans de recul sur une telle expérimentation pour tirer des éléments tangibles. Et encore, en gommant les excès, à savoir les résultats les plus hauts et les plus faibles enregistrés sur la durée. Nous travaillons sur des moyennes…» Pour Didier Marteau, président de la commission environnement de l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture), le dispositif Phyt’Eau-Réf, mis en œuvre sur la campagne 2008-2009, est désormais «entré dans son régime de croisière». Et cette étude originale, bonne illustration des efforts déployés sur le terrain avec de multiples partenaires pour accomplir l’ambitieux plan d’action Écophyto 2018 (réduction de 50% de l’usage des produits phytosanitaires), portera ses fruits, il en est sûr. C’est pourquoi, il a organisé un voyage de presse nationale en Champagne-Ardenne le 9 juin, emmenant avec lui les représentants de différents médias (secteurs agricole, consommation, environnement…) sur la plateforme de Thibie dans la Marne. Non loin de ses propres terres puisque Didier Marteau, président de la Chambre d’agriculture de l’Aube, est agriculteur dans le pays d’Othe. Cette immersion pour quelques heures au cœur de pratiques innovantes dans le secteur des grandes cultures de la Champagne crayeuse s’est poursuivie ensuite par la visite d’une exploitation viticole intégrée au réseau de fermes Dephy, à Cumières (lire notre précédente édition et son dossier viticole).
Comparer les pratiques et analyser
Ainsi, comme nous avons déjà pu l’écrire dans ces mêmes colonnes au lancement de cette expérimentation, puis l’an dernier encore lors d’une visite du préfet de région sur site, la plateforme de Thibie vise à comprendre et mesurer les migrations des matières actives (répandues de manière diffuse) dans le sol, afin d’essayer de préserver la qualité de l’eau dans les nappes situées sous la craie. Pour ce faire, on effectue de multiples comparaisons en mettant en œuvre différentes pratiques culturales : labour et non labour, rotations de cultures différentes, zéro phytosanitaire mais amendements organiques classiques, désherbage mécanique, etc.
«À travers ces divers protocoles, nous étudions les solutions possibles pour réduire la fuite des pesticides vers les nappes phréatiques en Champagne crayeuse. Nous comparons en outre les résultats obtenus sur ce site principal avec des analyses menées en parallèle sur quatre sites satellites, installés chez des agriculteurs volontaires afin de valider spatialement les résultats», expliquent les responsables de l’opération en dévoilant la technique utilisée. Validée par l’Inra, c’est celle des plaques lysimétriques à mèches (de fibre de verre) destinées à récupérer l’eau par aspiration. Ces plaques sont logées sous les cultures, tantôt à cinquante centimètres, tantôt à un mètre de profondeur, c’est-à-dire sous l’enracinement probable des plantes. Au total, sur l’espace des 13 parcelles d’essai auscultées (3 hectares), 32 plaques lysimétriques sont ainsi positionnées. Et l’eau récupérée après percolation verticale est recueillie dans des bonbonnes.
La période la plus propice se situe entre décembre et avril, quand il y a le plus de mouvements d’eau descendants. «Les échantillons récupérés sont stockés congelés et transmis aux laboratoires qualifiés pour analyses», a déclaré Gérard Aubrion, d’Arvalis, en charge du suivi de ce site pilote.

Didier Marteau et Jean Notat ont restitué cette expérimentation dans le contexte d’Écophyto 2018 et ont également expliqué aux journalistes l’efficacité acquise dans l’organisation de surveillance du territoire à travers le Bulletin de santé du végétal. Ensuite, ils sont allés montrer dans le vignoble comment se diffusent les bonnes pratiques via le réseau de fermes pilotes. - © P. Schilde
Solide partenariat autour des Chambres d’agriculture
En présence de Jean Notat, président de la Craca, le technicien a pu détailler la méthodologie de l’opération en compagnie de Karine Salles, chargée de mission à la Chambre régionale et du président de l’Arep (Association régionale pour l’étude des productions végétales en Champagne crayeuse), Jean Collard, lequel connaît bien l’historique des lieux. En effet, pendant une quinzaine d’années au préalable, cette plateforme de Thibie a permis de conduire des essais sur l’utilisation de l’azote et des recherches sur les nitrates.
Déjà financé* et donc parfaitement accompagné par les coopératives, instituts techniques, organismes de recherche et administrations, ce programme, a indiqué Didier Marteau, ne pourra pas postuler à l’appel à projets en cours - pourvu d’une enveloppe de plus d’un million d’euros -, destiné à faire émerger plusieurs plateformes expérimentales (une quarantaine imaginées au départ) de ce type un peu partout sur le territoire national. Mais à n’en pas douter, Phyt’Eau-Réf va servir de modèle. Et quand ses premiers résultats seront connus, d’ici un an ou deux, le programme devrait grandement aider les agriculteurs champardennais dans l’évolution de leurs pratiques agricoles durables. Tout en leur permettant d’effectuer des économies en engageant moins de charges…
* Le projet est actuellement financé par FranceAgriMer, le Conseil régional de Champagne-Ardenne et l’Agence de l’eau Seine-Normandie.
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