Le président de la République, 4 heures 30 minutes chrono !
Le Sia a été cette année inauguré par le président de la République le samedi 19 février. Dans un premier temps, il a visité les éleveurs puis dans un second temps, il a répondu aux questions de six agriculteurs. - © Thierry Michel
Les éleveurs doutent de leur avenir ? Le président de la République croit au contraire dans leur capacité de rebond. En visite inaugurale (contrairement à l’an passé où il était venu en catimini le dernier jour) du 48ème Sia, il a payé de sa personne. Arrivé dès 8 h 20, il avait décidé d’arpenter le hall 1 et en particulier les stands consacrés aux élevages de bovins et de porcs. Résultat : près de 2 h 30 de visite, ponctuée de rencontres et de brefs échanges avec des éleveurs de tous horizons, notamment «les producteurs de viande bovine en colère» repérables à leurs T-shirts rouge vif. Parfois souriant, flattant même, à l’occasion, le cul des vaches, le président a longuement écouté.
Il a ensuite assisté à une table ronde de près de deux heures, en présence de six agriculteurs et de quelques centaines de représentants professionnels du monde agricole, au rang desquels les principaux responsables syndicaux et de filières. En guise d’introduction, le président français a déclaré que «les agriculteurs sont toujours des gens passionnés. Contents ou pas, ils restent passionnés. Et l’intensité de cette passion est inversement proportionnelle à l’intensité de l’inquiétude d’aujourd’hui. Ils peuvent dire le compte n’y est pas mais ça va mieux, au moins dans certains secteurs. Ce qui rend d’autant plus douloureux les secteurs qui vont mal». Les éleveurs se sentent «stigmatisés» mais ils n’ont pas à «être insultés» (Ndrl : en référence à la campagne de communication de la FNE, jugée scandaleuse, voire blessante) et ils ne doivent pas «sous-estimer tout l’amour que les Français leur portent».
Une fois ces grandes déclarations effectuées, le président a rappelé qu’il était «férocement attaché à la Pac». «Soyons clairs», a-t-il ajouté ensuite pour répondre à l’éleveuse de moutons invitée à la table ronde. «La question de la compétitivité de l’élevage français est clairement posée. Mais je pense qu’il faut regarder les fondamentaux : la perspective, c’est un potentiel d’augmentation de 70% de la production agricole dans le monde et dans les années à venir, pour nourrir 6 milliards puis 9 milliards d’humains. Quel autre métier possède ce potentiel ? Aucun. Mais il est certain qu’il faut le faire évoluer».

Vos enfants pourront, demain, s’ils le veulent, s’ils ont la passion, faire le même métier que leurs parents. On sera à vos côtés, solidement à vos côtés, à notre manière et même si on n’est pas d’accord sur tout, on sera solidement à vos côtés. - © Thierry Michel
Le président, pendant toute la durée de la table ronde n’a eu de cesse de vouloir démontrer le souci d’un «soutien inébranlable des pouvoirs publics à l’agriculture française», d’être aux côtés des agriculteurs et de faire la promotion de l’agriculture française. Des blocages d’ordre commercial avec certains pays ? «Je travaille, avec Bruno Le Maire, pour lever les barrières dans des pays comme la Russie, le Kazakhstan, l’Egypte ou encore la Turquie». Des problèmes de remboursement des prêts ? «On pourrait demander un petit étalement aux banques». La volatilité ? «Il faut développer l’assurantiel face aux aléas de la nature. Je propose aussi, dans le cadre du G20, de plaider en faveur de la transparence sur les stocks agricoles. Je proposerai aussi qu’en matière de produits dérivés, les intervenants qui veulent acheter paient une partie de leur achat. On ne doit plus pouvoir acheter sans détenir aucune quantité, sans débourser un centime avant de réaliser des plus-values importantes». Les coûts de main-d’œuvre dans la filière fruits et légumes ? «Je ne peux pas accepter le comportement de nos amis allemands en matière de conditions d’embauche». Mais pour chaque engagement présidentiel, il existe une demande envers les agriculteurs. «Les agriculteurs se focalisent sur l’acte de production, c’est bien, mais ils ne font pas assez pour connaître les consommateurs». Au passage, le président incite fortement les exploitants agricoles à se tourner vers le développement des circuits courts, notamment dans la restauration scolaire, collective et publique. S’il demande à Bruno Le Maire d’aller plus loin sur les sujets réglementaires, le chef de l’État invite les agriculteurs à se tourner vers les collectivités territoriales et non vers l’État. Il rappelle que pour obtenir de la transparence sur les matières premières agricoles et lutter contre la spéculation, il faut soi-même être exemplaire en la matière. «Moi, je suis d’accord pour débloquer des situations mais il faut aussi que les agriculteurs fassent les produits que demandent les clients», insiste-t-il.
Rassurant le président ? Oui, mais il demande aussi aux agriculteurs de se mobiliser, de s’organiser. Convaincant ? Pas forcément. Dans la foulée du cortège présidentiel, certains agriculteurs, qui ont pu s’entretenir avec lui, semblaient dubitatifs. Un jeune exploitant de Lozère, qui tentait d’expliquer la situation de l’élevage bovin viande dans son département, s’est entendu répondre : «j’aime bien la Lozère». Un peu court, non ?
FOCUS
Viande : le président pense que ce «serait une grave erreur» de vouloir diminuer le niveau des contrôles de traçabilité au moment «où on doit renforcer la confiance des consommateurs et augmenter la consommation de viande. Il vaudrait mieux travailler sur le partage de la valeur ajoutée, sur la qualité et sur la problématique des importations».
Prix à la consommation : «je m’engage à aider pour faire comprendre qu’il faut intégrer les hausses sur les céréales. Je suis prêt à aller expliquer aux Français que c’est pour les agriculteurs qu’il faut le faire, pas pour la distribution».
Terres agricoles : Un décret a été pris, qui instaure une commission départementale des espaces agricoles. Le préfet sera consulté à chaque fois qu’une terre agricole sera vendue. Il est instauré une taxe sur la plus-value de ces ventes de terrain nu devenant constructible. La taxe sera affectée aux jeunes agriculteurs.
Méthanisation : Un décret est paru pour faire de la méthanisation un métier agricole si 50% des substrats viennent de l’exploitation. «On travaille aussi à une revalorisation du tarif de rachat, pour avant fin avril 2011. Et avant la fin juillet, on va aussi favoriser l’injection du biogaz épuré dans le gaz naturel».
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