Un tracteur Fendt au cœur du vignoble
Pour être en phase avec le plan écophyto 2018, les responsables de l’établissement viticole d’Avize ont décidé de revoir leurs pratiques. Leur objectif : rationaliser le travail de la vigne. Un des points importants consiste à désensibiliser les vignes vis-à-vis des maladies et parasites. Donc à utiliser moins de pesticides. L’utilisation de matériel viticole adapté aux tracteurs viticoles est un autre objectif. Ces tracteurs, dont la technologie est quasi identique à leurs grands frères des champs, sont à la fois polyvalents, puissants, économes et moins chers que les enjambeurs. Cette réflexion vise aussi à réduire la pénibilité du travail manuel. La résultante de tous les objectifs que se sont fixés Benoît Jolly, technicien de l’exploitation du lycée d’Avize et Nicolas Robert, directeur de l’exploitation, c’est : minimiser l’impact du travail de la vigne sur les hommes et l’environnement.
Moins de pieds et moins de maladies
Toutes les nouvelles vignes sont plantées avec un interrang de un mètre cinquante, un entre pieds de deux mètres et un entrecep de 20 cm de haut. Ce choix de plantation réduit la densité de pieds à l’hectare mais cette pratique permet d’avoir un certain nombre d’avantages. Tout d’abord, un interrang plus large permet d’utiliser des tracteurs viticoles. Avec un interrang d’un mètre ou un mètre dix, c’est inconcevable. Pour la petite histoire, la distance d’un mètre a été établie au début du siècle sur la base de la largeur des chevaux. L’entrecep de 20 cm, quant à lui réduit la pénibilité car on n’a plus à se «plier en deux» pour travailler la vigne. Par ailleurs, on éloigne la partie feuillue et les grappes du sol ce qui atténue la pression parasitaire et les risques de gelée. Autre point, le désherbage de l’entre-rang. Il est facilité car les brins de pieds ou de pieds de chais ne gênent plus les palpeurs de l’outil de désherbage. Enfin, une densité réduite de pieds permet de diminuer la pression parasitaire globale sur la parcelle. Le recours aux phytosanitaires et à l’engrais est ainsi réduit. Même si le rendement semble un peu diminuer, ce n’est pas un problème car trop de raisin sur les pieds augmente les risques de maladies, ralentit sa maturité et il doit être retraité en distillerie.

De Gauche à droite : Benoît Jolly, technicien de l’exploitation du lycée d’Avize, Nicolas Robert, directeur d’exploitation, Philippe Gauthier, concepteur du pulvérisateur de la marque GPMécanique et Antoine Brissart, responsable France des tracteurs Fendt. - © D. Hincelin
Un joystick en main pour tout faire
En s’inspirant des méthodes de travail utilisées dans le vignoble alsacien avec les tracteurs viticoles, le choix a été fait, avec le concours du concessionnaire Martel installé à Connantre, d’utiliser un Fendt 209 Vario. Ce tracteur vigneron de 90 ch mesure 107 cm de large pour 2,7 tonnes. Sachant que les activités mécanisées viticoles nécessitent beaucoup de puissance hydraulique, ce tracteur est assez avantageux. Ses deux pompes hydrauliques avec l’une débitant 71 l/min et l’autre 35 l/min permettent d’utiliser 106 litres d’huile/min pour différents outils. Jusqu’à 6 distributeurs hydrauliques et deux prises électriques programmables sont gérées sur la console unique de travail où on peut prioriser l’utilisation des distributeurs utilisés avec un Joystick ergonomique et multifonctions qui sert aussi à l’avancement du tracteur.
La transmission à variation continue du tracteur est gérée de deux manières. La première au pied, la seconde avec le joystick en continue, autrement dit, elle est progressive et souple. Dans les tournières ou dans les cassis, il suffit de lever le pied ou tirer la poignée pour ralentir. Avec la technologie Vario, on peut évoluer de 0 à 40 km/h sans changer quoi que ce soit. Cette transmission bénéficie d’un arrêt actif car lorsqu’on s’arrête en pleine côte, le tracteur ne recule pas. Capable d’évoluer dans des pentes jusqu’à 25 %, ce tracteur vigneron est équipé d’un pont avant suspendu avec un correcteur d’assiette idéal pour le stabiliser et éviter les secousses responsables des tassements des vertèbres. Pour que l’opérateur puisse se concentrer pleinement sur son travail, le Fendt 209 V Vario embarque un pont avant et un différentiel automatique gérés en fonction de l’angle de braquage et de la vitesse d’avancement. Cette vitesse d’avancement tout comme le débit hydraulique des distributeurs sont réglés par l’opérateur et c’est le tracteur qui gère le régime adéquat selon l’effort à fournir. Cette gestion du régime selon le terrain, la vitesse ou l’outil à animer permet d’économiser 25 à 30 % de carburant.
Pour optimiser le suivi des outils dans les dévers et accroître la maniabilité du tracteur, l’attelage arrière est pendulaire de série et le relevage avant optionnel est intégré dans le châssis. On obtient un des tracteurs les plus compacts du marché avec des outils qui suivent parfaitement le terrain grâce à la technologie qu’il embarque.
Le prototype de ce pulvérisateur, développé par Philippe Gauthier, va faire gagner argent et crédibilité à ses utilisateurs aux yeux des consommateurs. En effet, cet appareil est conçu pour minimiser les pertes de produits qui n’atteignent pas les feuilles et les grappes ; soit 35 % de produit récupéré en pleine végétation. L’impact est important pour l’environnement et le portefeuille à la fin d’une saison de traitements.
De simples gouttières pour d’importantes économies
Le principe est le suivant : le produit qui n’a pas atteint sa cible est canalisé grâce à une gouttière souple placée en face du jet à assistance d’air pneumatique. Cette gouttière canalise la «surdose». Elle est conçue en plastique souple pour résister aux chocs et frottements éventuels. Chaque gouttière se prolonge par un tuyau d’aspiration. L’aspiration est réalisée grâce au «retour» de la pompe qui génère une dépression, donc un phénomène d’aspiration. L’avantage d’une aspiration avec «le retour», c’est que les phytosanitaires sont refiltrés dans le filtre basse pression et ne repassent pas dans la pompe sans filtration. Toutefois, pour éviter que de grosses impuretés ne colmatent le filtre, un tamis est placé en bas des gouttières et un filtre est situé dans le collecteur «retours» des gouttières. Ce système très simple ne nécessite qu’une seule pompe, donc, il est peu gourmand en énergie. À l’avenir, Philippe Gauthier envisage de «travailler» en eaux claires en incorporant le produit directement avec un dosatron, l’avantage étant une gestion optimale des fonds de cuves et rinçages qui seront inexistants.
Plus réactif
L’utilisation d’un tracteur est peu banale. Pour expliquer les différences entre l’utilisation d’un enjambeur et d’un tracteur, Benoît Jolly, le technicien de l’exploitation de l’école a partagé son expérience avec le tracteur utilisé pour l’instant avec une pulvé, un combiné de travail Boisselet et un broyeur à herbes et sarments.
Les plus, à commencer par la consommation. Celle-ci est relativement faible pour un tracteur vis-à-vis d’un enjambeur de la même puissance. Après avoir fait des essais, le Fendt 209 Vario et ses 90 ch consomme entre 3,5 et 5 litres à l’heure selon les travaux contre 10 à 12 litres à l’heure pour un enjambeur de même puissance. La vitesse de déplacement est de 40 km/h pour le tracteur contre 25 pour l’enjambeur ; ce gain de temps sur la route permet d’être beaucoup plus réactif et moins gênant vis-à-vis des automobilistes. Sur les tracteurs vignerons, les attelages et les outils sont standardisés. Pour atteler et dételer les outils, il n’y a aucune modification à faire et c’est très rapide. Ce n’est pas le cas des enjambeurs où on voit souvent la pulvé transportée toute l’année même si ce n’est pas nécessaire. À ce propos, il faut savoir qu’une tonne d’outil transportée en surplus augmente la consommation de 0,5 à 1 l/heure. Pour ce qui est des accessoires, ils sont beaucoup plus abordables. Par exemple : pour une tondeuse inter-rangs, il faut compter 2 500 euros pour le tracteur ; cette tondeuse pouvant être utilisée pour les accottements et les jardins tandis qu’une tondeuse montée sur un enjambeur n’est pas polyvalente et coûte au moins 3 500 euros à l’achat.
Au niveau du travail dans la parcelle, avec un interrang de 1,5 mètre et un tracteur à variation continue, on peut travailler beaucoup plus vite. Par exemple, avec son combiné Boisselet, Benoît Jolly arrive à travailler presque un hectare à l’heure.
Les rares avantages de l’enjambeur vis-à-vis du tracteur sont situés au niveau de son rayon de braquage et de sa stabilité en dévers. En effet, avec un tracteur viticole, en dévers, on a les mêmes sensations que sur un mono rang.
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