L’Association viticole champenoise a tenu son assemblée générale le 9 décembre à Épernay.
Président pour quatre ans de l’Association viticole champenoise, Jean-Louis Normand place l’environnement au centre des préoccupations des services techniques du CIVC. «L’enjeu majeur pour la valeur de notre appellation et la grandeur de notre produit champagne, le défi à relever est bien celui de la préservation de notre environnement, du développement durable et de la qualité de nos récoltes», a souligné M. Normand à Épernay en décembre. Selon lui, l’obligation de résultat s’impose et lavoie à suivre est celle de la viticulture durable et l’intérêt général commande de s’y engager. Refusant d’opposer les «bons et les mauvais», le président appelle à valoriser les différentes approches environnementales avec pour objectif «100 % des vignerons champenois en viticulture durable».
Concernant la qualité, M. Normand s’est inquiété de dérives constatées lors des deux dernières vendanges. Il souhaite donc la mise en place d’une réflexion sur un cahier des charges dans les centres de pressurage. Les sites d’accueil du raisin devraient permettre aux livreurs d’organiser leurs circuits de cueillette par l’analyse d’échantillons prélevés.
«La prise de degré à la livraison et le contrôle visuel grâce à la création d’outils d’aide à la décision qualitative pourraient constituer un véritable changement pour les livraisons de raisins triés», complète M. Normand. Après l’agrément des centres de pressurage et le rendement au pressurage à 160 kg au début des années 1990, une nouvelle étape qualitative reste à franchir. Car la croissance de la Champagne se fera selon lui par la valeur et non les volumes.
Atypique et «légistocène»
Atypique et la plus précoce jamais connue, la vendange 2011 marquera les mémoires par ses contrastes. Dominique Moncomble est revenu sur plusieurs faits marquants de l’année, il a également annoncé qu’un guide des bonnes pratiques de pressurage allait être édité. Le directeur de l’AVC ironise sur la «montée en puissance de la réglementation environnementale» qu’il baptise du néologisme «légistocène», comprenez l’âge géologique du tout réglementaire. L’objectif de 50 % de réduction des phytos à l’horizon de 2018 tel que prévu dans le cadre d’Ecophyto est selon lui, «ambitieux et difficile à atteindre». La faute à l’oïdium et au mildiou. Du côté de la préservation de l’eau, l’emploi de désherbant recule, 13 % des vignes sont enherbées et 76 % des fourrières.
L’obligation de traiter les effluents viticoles a porté ses fruits. Le taux de traitement était de 5 % en 1990, il est aujourd’hui de 97 %.
La semaine infernale
Juillet pluvieux et frais, août frais et humide avec des coups de chaleur : bien malin qui savait quels jus allaient sortir des pressoirs. La maturité a commencé en juillet, et au final «il semblerait que 2011 soit une année record en terme de vitesse de charge en sucres». Tout le monde s’accorde à souligner la fraîcheur des vins et les chefs de cave s’en réjouissent.
Des rendements corrects ont été enregistrés. On tablait au départ sur 12 500 kg/ha et pour finir on est à 14 200 kg sur l’ensemble de l’AOC.
Enfin, «la semaine infernale» du 22 au 28 août restera com-me une période de cauchemar. Il fallait arrêter de cueillir, mais comment occuper les vendangeurs ?
Sur le plan sanitaire l’année a été plutôt calme, le mildiou a été réprimé par la sécheresse. La pourriture à la vendange a été modérée. La flavescence dorée (1) a été signalée dans une dizaine de communes autour d’Épernay. La seule solution est d’arracher les plants malades et d’utiliser un insecticide à l’échelle de la commune.
Par ailleurs, 11 300 ha ont été protégés par la confusion sexuelle l’an dernier. La Champagne est le vignoble leader dans l’emploi de cette méthode de lutte contre le cochylis et l’eudémis, des ravageurs de la vigne dont les larves sont susceptibles d’altérer la quantité et la qualité de la récolte.
Concluant sur cette année singulière, Dominique Moncomble souligne que, «la date unique de vendange n’est pas envisageable» et que «la fixation des dates est un bouc émissaire pour masquer le plus important : la cueillette». Couper le raisin à maturité, telle doit être la règle d’or du jardinier des galipes.
(1) Cette maladie de la vigne est la cause de pertes de récolte importantes, aux conséquences parfois irrémédiables pour la pérennité du vignoble. L’agent responsable est un phytoplasme : il s’agit d’un micro-organisme proche d’une petite bactérie dépourvue de paroi cellulaire et localisé dans le liber de la plante. Il se multiplie dans la vigne et dans la cicadelle, insecte qui le transporte. Il circule dans la souche et s’y conserve à vie. (Source : Wikipédia).
Plus d’hélico en 2014
La fin des traitements aériens est annoncée. Il faudrait demander chaque année une dérogation renouvelable sans certitude de l’obtenir. Le CIVC ne demandera des dérogations que pour les campagnes 2012 et 2013. En 2014, ce sera l’arrêt obligatoire et définitif des traitements par hélicoptère en Champagne. Il faudra intervenir au sol même si parfois les solutions semblent difficiles à mettre en œuvre (chenillard, treuil, corde de rappel…). En 2011, ce sont 1 300 ha sur 200 communes (soit 12 000 parcelles) qui étaient concernés. Le CIVC estime que 2 ou 3 parcelles par commune poseront problème après l’interdiction.

Jean-Luc Barbier est le directeur général du CIVC. - © Richard Cremonini
CIVC : 70 ans et une appellation qui vaut 70 milliards
Le Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC) a fêté dans une relative discrétion ses 70 ans en 2011. Il rassemble les vignerons et maisons de Champagne, et œuvre en faveur de la vigne et du vin, par des actions économiques, techniques, environnementales, de progrès qualitatif, d’organisation de la filière, de communication, de développement de la notoriété et de la protection de l’appellation partout dans le monde.
Cette organisation a été créée par le législateur français pour gérer les intérêts communs des vignerons et des négociants producteurs de champagne.
Il est le premier organisme semi-public du genre à avoir été créé en France, en 1941. Son directeur général, Jean-Luc Barbier, souligne que «ce n’est pas l’émanation du gouvernement de Vichy mais des relations entre le vignoble et le négoce». M. Barbier ajoute qu’en 70 ans «un travail immense a été accompli».
En particulier dans la défense de l’appellation Champagne dans le monde.
Coprésident du CIVC et président de l’Union des maisons de champagne, Ghislain de Montgolfier observe que la décision la plus courageuse du CIVC a été l’interdiction des «gadoues». Coprésident du CIVC et président du Syndicat général des vignerons, Pascal Férat salue pour sa part «la protection de l’appellation et du nom champagne».
La valeur de l’appellation Champagne est estimée par M. Barbier à 70 milliards d’euros hors stock et entreprises.
C’est bien sûr «sans équivalent dans le monde».