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Entretien du sol

La stratégie de Plumecoq

Des viticulteurs, invités par FDSEA Conseil, ont découvert la stratégie menée par le CIVC sur son domaine de Plumecoq pour entretenir les sols. Une occasion pour parler techniques et réfléchir aussi sur les aspects économiques.

12 mai 2011 Anne Rolin Vu 1929 fois
Sébastien Debuisson du CIVC dévoile la stratégie menée sur le domaine de Plumecoq pour entretenir les sols.

Sébastien Debuisson du CIVC dévoile la stratégie menée sur le domaine de Plumecoq pour entretenir les sols. - © A. Rolin

L’invitation a été lancée par FDSEA Conseil. L’idée : parler des techniques d’entretien du sol en réfléchissant parallèlement sur les coûts induits par les différentes stratégies (voir encadré). Le rendez-vous était pris ce mardi 10 mai sur le domaine de Plumecoq. Le CIVC, partenaire de cette rencontre, proposait de dévoiler la stratégie et la conduite menée sur les 8,5 hectares en expérimentation.

Tout en maintenant l’appellation
A Plumecoq, on essaye de se projeter dans ce que l’on fera dans cinq, dix, quinze ans. Différents essais sont menés. Des tests sur l’écartement, par exemple. Avec en permanence l’idée de partager les avancées techniques avec la filière lorsque celles-ci sont applicables à grande échelle. «Nous travaillons également sur les stratégies d’entretien du sol», annonce Sébastien Debuisson du CIVC. Pas étonnant à l’heure où l’on se demande si la réglementation sur l’utilisation des herbicides ne va pas se durcir voire les interdire… «Autant pour les expérimentations sur les fongicides, nous sommes en mesure d’exploiter les informations et de proposer des stratégies adaptables au plus grand nombre. Autant, pour les stratégies d’entretien du sol, il n’y a pas de modèles exportables. Chacun a ses contraintes, notamment en matériel et en main-d’œuvre», avertit le chef de projet viticulture avant de détailler ce qui se pratique sur le site du CIVC.

A Plumecoq, un des gros avantages est que la parcelle travaillée est d’un seul tenant. Les sols sont très peu profonds. Le calcaire est très présent et les sols sont sensibles à la chlorose. «Ici, c’est de la craie très sèche, précise-t-il. Nous sommes plutôt dans une zone orange/rouge pour ce qui est de l’aptitude à l’enherbement.» Il a fallu en tenir compte pour mettre en place les pratiques d’entretien du sol et pour parvenir à faire l’appellation, «qui tourne aux alentours de 14 000 à 15 000 kg».

 
L'interceps coupe et soulève l'herbe sous le rang.

L'interceps coupe et soulève l'herbe sous le rang. - © A. Rolin

Jamais d’herbicide dans l’inter-rang
Dans de telles conditions, les trois premières années d’enherbement ont été difficiles. L’enherbement hivernal a eu sa place. Désormais, c’est de l’enherbement permanent (pâturin des près) ou de l’enherbement naturel «que l’on retourne tous les trois ans pour limiter le développement des ray-grass», informe Sébastien Debuisson, qui ajoute : «un à deux hectares sont ainsi retournés chaque année après les vendanges lorsqu’il fait froid et que le sol est bien sec».

Pour l’entretien des sols, le CIVC suit deux itinéraires. Le premier rime avec zéro herbicide et des passages «mécaniques» uniquement avec un interceps. Le second consiste à apporter un herbicide sous le rang, «du glyphosate en sous-dosage (1,5 litre/ha) avant le débourrement pour limiter la bande enherbée et obtenir des pieds de vigne bien propres». Dans ce second «module», il n’y a pas d’apport d’herbicides dans l’inter-rang (tonte + interceps).

Côté engrais, ils sont appliqués uniquement sous le rang à la dose de 40-50 unités pour les jeunes vignes et de 20 unités pour les plus vieilles, «inutile de les booster trop», commente le représentant du Comité interprofessionnel des vins de Champagne. «Des essais ont montré que lorsque nous apportons des engrais sous le rang, cela ne profite pas au développement de l’herbe et nous évite une à deux tontes/ an».

 
A Plumecoq, le CIVC pratique le travail du sol avec un Bobard 1074 qui a pour avantage d’accepter un porte-outil central.

A Plumecoq, le CIVC pratique le travail du sol avec un Bobard 1074 qui a pour avantage d’accepter un porte-outil central. - © A. Rolin

De la technique à l’économique
FDSEA Conseil apporte des éléments chiffrés pour aider les viticulteurs à mesurer l’impact économique d’un changement de stratégie allant vers des techniques d’entretien du sol. ««Nous sommes de plus en plus souvent sollicités par nos adhérents qui réfléchissent à un éventuel investissement, observe Eric Garcia, conseiller d’entreprise. Nous avons donc réalisé des simulations pour apporter une expertise dans les réflexions engagées par les viticulteurs.»
Deux simulations ont été faites à partir d’équipements «standards» déclinés en fonction de la superficie d’utilisation «sachant qu’il peut s’agir d’une surface d’exploitation ou d’un regroupement dans le cadre d’une utilisation de matériel en commun», précise le conseiller. Les résultats montrent que les techniques d’entretien du sol entraînent une augmentation des temps de travaux. Cela induit des coûts plus importants à la fois en termes d’équipements et de puissance requise. «Cela a donc une répercussion sur l’organisation du travail et sur les besoins en main-d’oeuvre, commente Eric Garcia. Le coût de la main-d’oeuvre sera par ailleurs différent selon le niveau de saturation de celle-ci pendant une période d’environ six mois au cours de laquelle la majorité des travaux mécanisés doivent être réalisés».

 

La vigne prend de l’avance
«En fixant la date du 10 mai, nous pensions arriver dans une période plus calme dans vos emplois du temps, mais finalement, vu la météo, notre rencontre se déroule en pleine période de début de palissage», a déclaré Sébastien Debuisson en préambule de sa présentation. La végétation est en effet en avance.

Par rapport à la moyenne, la vigne aurait environ 15 jours d’avance, et trois semaines par rapport à 2010. Et si on poursuit sur le même rythme, les premières fleurs seraient là pour le 15-20 mai, prévoyant alors une vendange dès la fin du mois d’août.
«Cette précocité n’entame pas le potentiel de productivité de la vigne, ni la qualité du raisin, estime la Chambre d’agriculture de la Marne dans un état des cultures diffusé le 10 mai. Dans la majorité des cas, la vigne a la capacité de s’alimenter en eau dans les couches profondes du sol peu affectées pour l’instant par la sécheresse en cours. Dans certains secteurs à faible réserve hydrique, il peut être prudent de s’affranchir de la couverture du sol par enherbement.»

 

 

 
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