Les raisins de la colère
Cet arrachage fait suite à l’échec de trois années de négociations entre l’hôpital d’Epernay, 25 viticulteurs et un agriculteur représentés par le SGV.
Cette opération, où pour l’instant 3 ha ont été arrachés, constitue une remise en état des parties. Les viticulteurs en arrachant leurs vignes, conservent leurs droits de plantation et l’hôpital récupère ses terres à vignes.
Les locataires de 5,08 ha de vignes et de 15 ha de terre se sont vus signifier que leur bail ne serait pas reconduit. Ce genre de situation arrive tous les jours. Par contre, ce qui est moins courant, c’est la réaction de l’hôpital d’Epernay face aux propositions faites par ses métayers pour reconduire le bail.
Démunis, pour certains, dans la crainte de voir l’équilibre de leur entreprise considérablement affaiblie, les locataires ont fait une proposition au Centre hospitalier sparnacien. Ils proposaient de rehausser le métayage au tiers francs (1/3 de la récolte qui correspond au maximum légal) et de payer à l’avance 18 années de loyer. Le directeur de l’hôpital leur a répondu qu’une offre plus intéressante avait été formulée, et que, pour renouer avec son nom, le complexe hospitalier Auban Moët préférait s’en remettre à la grande maison du même nom.
Au-delà de ce malheureux exemple, ce que souhaite dénoncer le SGV avec le soutien de la FDSEA, c’est l’amplification de ce phénomène. En effet, les grosses maisons de champagne, soucieuses de capter un approvisionnement en raisin toujours croissant, achètent des terres classées en AOC, ou le droit de les exploiter à des prix élevés. De plus en plus souvent, les petits viticulteurs locataires n’ont pas les ressources pour racheter au même prix que les maisons de champagne. Du coup, elles rachètent les parcelles et continuent à les louer au petit viticulteur. Mais, en contrepartie, elles exigent un engagement de vente de sa récolte sur une surface plus importante que la surface louée.
La vigne aux vignerons
Beaucoup de baux de 25 ans arrivent à terme dans les 4 à 5 années à venir. La grande crainte du syndicat, c’est que de nombreuses surfaces de vignes soient captées via les méthodes utilisées par les maisons de champagne. Ce serait autant de raisins qui n’alimenteront plus la marque du vigneron ou sa coopérative. Si rien n’est fait, à terme, la viticulture champenoise des indépendants et des coopératives serait fortement mise à mal. Derrière, c’est la vitalité du tissu économique rural développé autour du champagne qui déclinerait.
A travers cette manifestation, le SGV entend alerter sur les risques qui pèsent sur les viticulteurs champenois, sur les jeunes qui veulent exercer la profession et sur la prospérité menacée des villages de Champagne.
Pascal Férat le président du SGV et les viticulteurs présents étaient unanimes pour dire que «la vigne doit appartenir aux vignerons et les montages financiers et juridiques visant à capter le foncier viticole sont intolérables car ils enrichissent les grandes maisons de champagne au détriment des petits producteurs».
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