Au champagne Legret et Fils, le véganisme « sans évangélisme »

Par Guillaume Perrin, le 02/02/2019 (mis à jour le 16/02/2019 à 22:01)
Au champagne Legret et Fils, le véganisme « sans évangélisme »Pour les Legret, couple de vignerons de Talus-Saint-Prix, l’engagement végane va au-delà de la production de champagne, et constitue un socle d’échanges avec une clientèle sensibilisée à cette cause.
  • Sandrine et Alain Legret, aux côtés de Jennifer Frair, conduisent le champagne Legret & Fils dans la niche des vins véganes. © G. Perrin
Pour les Legret, couple de vignerons de Talus-Saint-Prix, l’engagement végane va au-delà de la production de champagne, et constitue un socle d’échanges avec une clientèle sensibilisée à cette cause.
 

Alain et Sandrine Legret «  sont des enfants de la vigne ». Ils cultivent un vignoble de 4,5 ha, avec un encépagement « plutôt équilibré » et réparti sur quatre communes du Petit Morin et des Coteaux du Sézannais.
Au fil des années, le couple a développé une sensibilité croissante aux causes liées à l’environnement et à sa préservation. Au quotidien, cela s’est traduit par la suppression progressive des herbicides, insecticides et fongicides à partir des années 2000. Et l’exploitation va faire l’objet d’un audit début février, en vue d’entrer en période de conversion vers la viticulture bio.
Pour Sandrine Legret, une chose est sûre : « les univers bio et végane sont liés : on ne peut pas s’intéresser à un sujet et négliger l’autre  ». C’est la demande d’une partie de la clientèle professionnelle et étrangère qui a stimulé la démarche de certification végane des Legret.
Cette dernière, décrochée le 11 novembre 2016, est venue couronner pour trois ans le goût des Legret pour les détails ; une réussite qui n’a pas engendré d’augmentation des tarifs de la gamme, selon le couple.
En dépit de la barrière de la langue, c’est un organisme italien (CSQA) qui a récompensé leur travail. Auprès des consommateurs, pas question de verser dans « l’évangélisme  » : ce n’est pas l’objectif des Legret. Revers de la médaille : il s’agit maintenant d’éviter que les consommateurs spécialisés s’intéressent davantage au label végane qu’au champagne qui l’arbore.

Transition en douceur

Pour obtenir le droit d’utiliser le logo « Qualità Vegetariana – Vegan », Alain et Sandrine Legret n’ont pas révolutionné leurs habitudes. Les engrais, traitements et préparations biodynamiques sont issus de composants végétaux ou minéraux. « Les biodynamistes qui suivent les préconisations du label Demeter doivent utiliser des préparations à base de bouse de corne (la « 500  », qui est supposée être appliquée au moins une fois par an pour activer la vie microbienne du sol, NDLR). Ce n’est pas cohérent vis-à-vis des exigences véganes », souligne Sandrine Legret. Malgré cette contradiction incontestable, les organismes certificateurs véganes (privés) ne contrôlent pas toujours la production viticole, ce qui conduit parfois à un cumul de labels en théorie non superposables.
Au pressoir, pas de changement : « on ne trie pas le raisin en vue de retirer des petites bêtes, car comme nos mains sont pleines de sucre, ce serait leur faire plus de mal qu’autre chose. Et on fait confiance aux insectes pour qu’ils s’envolent !  ». Ensuite, pas de collage pour le vin, ni animal, ni végétal, ni synthétique ; juste une phase de filtration à l’aide de plaques biodégradables en cellulose : en fin de vie, celles-ci apporteront leurs minéraux au compost préparé par Sandrine Legret pour son jardin.
La dernière étape à surveiller pour espérer obtenir la certification est sans doute la plus compliquée : l’habillage et l’emballage. En effet, tout repose ici sur la bonne volonté des fournisseurs d’étiquettes, de bouchons, de cartons...eux-mêmes étant dépendants de leurs propres partenaires (pour les colles et les encres, par exemple). En 2015, après avoir renouvelé son identité graphique et s’être assuré que ses fournisseurs « jouaient le jeu  » du végétal, le champagne JP Legret est devenu Legret & ; ; Fils, symbolisant la fin de sa mue. « Les étiquettes étaient la dernière étape pour que l’on soit totalement sûrs de respecter le label Qualità Vegetariana », se souvient la vigneronne.
Alain et Sandrine Legret sont presque arrivés au bout de leur cheminement. « Peut-être que l’on peut travailler sur le colisage et les cartons, avec des rubans adhésifs et des colles plus écologiques ? ». Désormais, ils se concentrent sur la naissance de leur ratafia, produit de la belle vendange 2018, et bien entendu aussi certifié végane.


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