Au SIA, élus et chercheurs du Grand Est parient sur la bioéconomie

Par Rédaction La Marne Agricole, le 06/03/2019 (mis à jour le 07/03/2019 à 09:43)
Au SIA, élus et chercheurs du Grand Est parient sur la bioéconomieThématique centrale pour le Grand Est lors du SIA 2019, la bioéconomie s’immisce de plus en plus en politique.
  • La région Grand Est et le Grand Reims vont soutenir AgroParisTech dans ses recherches en agro-biotechnologies industrielles, pour un total de 28,3 M€. © G. Perrin
  • Philippe Collin (3e à g.) figure parmi les premiers lauréats des Trophées de la bioéconomie, aux côtés des vainqueurs d'Île-de-France et des Hauts-de-France. © G. Perrin
Thématique centrale pour le Grand Est lors du SIA 2019, la bioéconomie s’immisce de plus en plus en politique.
 

La bioéconomie sort peu à peu de la sphère académique pour entrer dans les discours institutionnels et politiques. Énergie, chimie, matériaux, alimentation… dans de nombreux secteurs, elle fait naître des projets, représente un défi de taille, mais incarne aussi un espoir.
Le 27 février, élus et acteurs académiques du Grand Est se sont réunis sur le stand AgroParisTech pour débattre de la question : « quelle coopération académique en Grand Est pour relever les défis de la bioéconomie ? »
De fait, la Région n’est pas en reste en matière de bioéconomie. En juin 2018, les États généraux dans ce domaine étaient organisés à Châlons-en-Champagne ; deux mois plus tard, le Bio-pacte pour la bioéconomie était signé à la Foire…de Châlons entre le Grand Est, les Hauts-de-France et l’Ile-de-France. À Paris, la région Grand Est et le Grand Reims se sont engagés à soutenir AgroParisTech dans ses recherches menées en agro-biotechnologies industrielles, pour un total de 28,3 M€ investis entre 2019 et 2026.

La recherche entre politique et réalité

À Reims, le Centre Européen de Biotechnologie et de Bioéconomie (CEBB) travaille à la valorisation des bioressources. Il est soutenu par le Grand Reims, le département de la Marne et la région Grand Est. Pour Catherine Vautrin, présidente du Grand Reims, « les outils du CEBB, les investissements comme un nouveau laboratoire de chimie, les chaires (quatre chaires issues d’AgroParisTech, de CentraleSupélec, de Néoma Business School et de l’Université de Reims Champagne-Ardenne, NDLR) font sens et permettent de travailler pour le futur ».

Pour franchir le pas qui sépare la recherche fondamentale du monde économique et de l’application industrielle, les chercheurs se posent la question des ressources, mais aussi de leur utilisation. «  La responsabilité d’une grande école est d’accompagner le développement économique grâce à de nouveaux métiers, de nouvelles compétences que nous développons », a insisté Gilles Trystam, directeur général d’AgroParisTech. « Des projets pour les cultures spécifiques seront bientôt soumis à la Région  », a annoncé Erwin Dreyer, président du Centre Inra Grand Est-Nancy.

Coopérer et vulgariser

Pour Guillaume Gellé, président de l’Université de Reims Champagne-Ardenne, « c’est dans l’ADN des établissements de recherche de coopérer  ». 17 établissements régionaux ont intégré cette dynamique, avec par exemple une co-accréditation des formations, ou encore le projet d’équipes de recherche communes à l’horizon 2020. Collectivités, entreprises, fondations… de nombreux acteurs sont appelés à rassembler leurs forces, leurs cerveaux et leurs infrastructures.

Le prochain défi de la bioéconomie, c’est associer la population à cette transition. « Allez dans la rue, les gens ne savent pas », a déploré Jean Rottner, président du Grand Est. Revenant sur l’exemple de la méthanisation, Catherine Vautrin a tracé le parallèle avec les éoliennes et les antennes téléphoniques. « Il faut travailler l’accessibilité sociale de la méthanisation. C’est bien mais pas chez soi. Mais alors où placer les méthaniseurs ? Le manque de connaissances peut être un frein ». Le premier obstacle sera donc franchi par la vulgarisation.
Pour le président de la Région, il s’agit d’un apprentissage à faire de la part des élus et de faire connaître l’ensemble des disciplines de la bioéconomie dès le plus jeune âge. « Ce n’est pas que la recherche scientifique », a-t-il insisté. C’est tout un milieu qui doit s’ouvrir pour créer des vocations, susciter la curiosité et communiquer auprès du grand public. Et Erwin Dreyer de conclure : « il ne faut pas laisser l’image du chercheur dans sa tour d’ivoire ».

La méthanisation locale et sociale récompensée

Par ailleurs, la région Grand Est a remis cette année son premier Trophée de la bioéconomie. Ce concours organisé par les directions régionales de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf) récompense des projets de filière valorisant des bioressources pouvant se substituer au fossile.

Le vainqueur est Philippe Collin de la Ferme de la Givrée à Colombay-lès-Choiseul (Haute-Marne). Cet agriculteur en élevage et polyculture bio a créé Eurek’alias en 2016. Avec sa femme, ils se sont ainsi lancés dans la production d’électricité et de biométhane. Une activité complémentaire qui « ?peut représenter jusqu’à 10 000 € par an  » et qui leur a permis d’embaucher un second salarié. « Ce petit projet fait du bien au partage de valeur ajoutée sur tout le territoire », raconte Philippe Collin. Et c’est bien là que l’exploitant a marqué des points.

Son projet, en plus d’incarner le virage bioéconomique en agriculture, est un projet local et social. Le biométhane produit fait déjà rouler un camion collecteur de lait et un véhicule de ramassage scolaire. Pour Catherine Rogy, directrice régionale adjointe de la Draaf, qui remettait la récompense à Philippe Collin, ce projet « valorise du carbone réutilisable sans conflit d’utilisation, il replace l’agriculteur au centre et montre un autre visage de la méthanisation ». 11 autres projets étaient en lice dans la région, dont deux en provenance de la Marne.



Margot Fellmann et Guillaume Perrin


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