Avec l'agroforesterie, les Champenois sortent du bois

Par Guillaume Perrin, le 11/03/2019 (mis à jour le 11/03/2019 à 09:20)
Avec l'agroforesterie, les Champenois sortent du boisL’agroforesterie veut étendre ses racines en Champagne : une vingtaine de viticulteurs ont créé leur association pour partager leurs pratiques, leurs réussites et leurs échecs, voire établir de nouveaux indicateurs qualitatifs.
  • L'engagement de ces vignerons champenois dans l'agroforesterie s'est traduit par la création d'une association. © G. Perrin
  • Alain Canet est agronome et agroforestier. Les membres de l'association Arbres et paysages en Champagne lui demandent régulièrement des conseils pour leurs projets.
    © G. Perrin
L’agroforesterie veut étendre ses racines en Champagne : une vingtaine de viticulteurs ont créé leur association pour partager leurs pratiques, leurs réussites et leurs échecs, voire établir de nouveaux indicateurs qualitatifs.
 

Tout au long de l'année écoulée, un groupe de producteurs agricoles et viticoles s’est formé sur le sujet de l’agroforesterie. Ce sont près de 250 Champenois, dont deux tiers de viticulteurs, qui souhaitent changer de conduite pour leurs cultures.
Les adeptes les plus assidus ont fondé l’association « Arbres et paysages en Champagne – Les sols vivants au cœur des terroirs ». Ces quelque vingt vigneronsréunis autour du spécialiste Alain Canet, suivent l’intégralité des protocoles préconisés par le groupement nouvellement créé, à la « vocation agroécologique », comme le précise Jérôme Courgey, viticulteur et responsable du vignoble dans une maison de Champagne.
Arbres et paysages en Champagne propose ainsi une approche du sol vivant à travers cinq axes : couverture systématique du sol, optimisation de la porosité des sols en évitant leur compaction ; arrêt des herbicides voire du travail du sol ; sortie de la monoculture et stimulation de la biodiversité locale ; enfin, nutrition régulière et variée du sol. Des enjeux qui portent sur un horizon de «  plusieurs dizaines d’années », en vue de créer un nouveau référentiel qualitatif « avec des gradients fiables et reconnus, dans une optique commerciale », annonce Jérôme Courgey.

Douze principes pour une discipline

La Fédération française de l’agroforesterie indique que celle-ci « désigne l’ensemble des pratiques agricoles qui intègrent l’arbre dans l’environnement de production, et s’inspirent, en termes agronomiques, du modèle de la forêt ». Douze principes régissent cet univers. En synthèse, ceux-ci mettent d’abord en avant le rôle de « tampon  » de l’arbre et la complémentarité des composantes de la biodiversité des systèmes agricoles. L’optimisation de la photosynthèse, la production de lignine, la pratique de la taille et surtout l’absence de modèle préconçu constituent d’autres piliers de l’agroforesterie telle qu’elle se définit aujourd’hui.

Des centaines d’arbres

Pour Benoît Déhu, vigneron à Fossoy (Aisne) qui a hébergé la toute dernière session de formation à l’agroforesterie, cela se traduit concrètement par la plantation de 350 arbres dans son domaine, tout en travaillant le sol selon les préceptes de la biodynamie. Érables champêtres, plantes basses, tilleul et autres arbres fruitiers : une vingtaine de nouvelles variétés arboricoles – locales, dans la mesure du possible – peupleront prochainement la propriété fossoyenne ; de quoi « absorber les excès climatiques en recréant un microclimat à l’échelle de la parcelle ».

Le vigneron axonais commencera par « former une sorte de ‘clos’ autour de la parcelle avant de planter dans les rangs ». D’autres vignerons, quant à eux, préféreront remplacer des pieds de vigne morts par d’autres essences, ou arracheront des rangs entiers pour favoriser la plantation d’arbres. Mais ces choix en apparence éloignés convergent bien vers un même objectif : celui d’un renforcement de la biodiversité.
Du côté du Comité Champagne, on observe ces initiatives avec respect. Alexandra Bonomelli, chef de projet au sein du service vigne, attend les résultats de ces expérimentations de terrain. « Planter des arbres et des haies dans un domaine viticole est une pratique qui existe ici depuis 12 à 15 ans. Mais que cela se fasse au cœur des parcelles, c’est inédit ! ».
L’Inao, tout comme l’interprofession champenoise, n’a pas émis d’avis défavorable à ce sujet : le cahier des charges de l’appellation Champagne ne comporte aucune contre-indication à la pratique de l’agroforesterie dans le vignoble.


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