Marne : tout le monde sur le pont

Par Guillaume Perrin, le 02/04/2020 (mis à jour le 02/04/2020 à 09:42)
Marne : tout le monde sur le pontEn télétravail à domicile ou dans les silos, au bureau ou les pieds dans les champs, salariés et cadres des organisations professionnelles et coopératives agricoles donnent de leur personne pour assurer la continuité de l’activité agroalimentaire.
  • Garantir le bon déroulement des récoltes à venir En cette période de semis, les organisations professionnelles agricoles ne ménagent pas leurs efforts, et assurent la continuité du service autant que possible.
    © Archive J-C. Gutner
  • Le maraîchage fait partie des secteurs d'activité où l'inquiétude est de mise, alors que l'heure des récoltes a sonné. © Anefa
En télétravail à domicile ou dans les silos, au bureau ou les pieds dans les champs, salariés et cadres des organisations professionnelles et coopératives agricoles donnent de leur personne pour assurer la continuité de l’activité agroalimentaire.
 

Pas de répit pour le monde agricole ! L’alimentation étant considérée comme «  secteur d’activités d’importance vitale  » par l’État, chaque maillon de la chaîne de production s’engage à poursuivre son activité dans ce contexte de crise sanitaire, avec les précautions qui s’imposent en matière de santé et de sécurité. Les organisations professionnelles, dans leur globalité, tiennent à conserver leur rôle dans la société, parfois en apportant une contribution qui va au-delà de leur strict savoir-faire (dons de masques et de gants, production de gel hydroalcoolique, etc.).

S'adapter au fil des remontées

Cette situation d’épidémie permet de mesurer l’importance d’une organisation bien huilée dans les structures collectives.

La coopérative Cérèsia, dont le périmètre couvre principalement la Marne, l’Aisne et la Seine-et-Marne, rassemble quelque 6 000 agriculteurs : ils disposent de 160 silos et d’une cinquantaine de magasins pour la gestion de leurs approvisionnements et de la collecte de leurs récoltes (1,8 Mt).

Pascal Bailleul, directeur général, réunit une cellule de crise quotidienne depuis une vingtaine de jours pour « informer et décider », et adapter l’activité de la coopérative au fil des remontées du terrain : «  on n’a pas ménagé nos efforts », souffle le dirigeant. Si les nécessaires mesures sanitaires ont impliqué jusqu’aux partenaires extérieurs à Cérèsia (notamment les chauffeurs) sans pour autant interrompre le travail, le seul bémol à noter vient de Prestalyance. Cette filiale spécialisée dans la prestation vinicole (champagnisation, habillage, etc.) souffre de son caractère « non stratégique », ainsi que des arrêts de production subis par ses clients. Ses 20 salariés sont concernés par une mise en chômage partiel.

Aujourd’hui, Pascal Bailleul se félicite que les mesures prises il y a plusieurs semaines «  ne souffrent d’aucune entorse grâce à l’appui de nos 160 conseilleurs régionaux. Ce qui va être important, c’est de maintenir cet effort dans la durée : il faut une seule voix, qui porte une seule consigne ».

Prise de conscience solidaire

Chez Vivescia Agriculture, une attention toute particulière a été portée au plan de continuité d’activité. Le directeur général Jean-Luc Jonet le décrit comme «  le meilleur soutien que la coopérative puisse apporter à ses adhérents : qu’elle continue à les servir et à trouver des solutions au quotidien avec eux ». Ces 11 000 associés-coopérateurs ont été alertés les 16 et 18 mars par Christoph Büren, président de Vivescia, et M. Jonet. Comme dans la plupart des structures agricoles, l’activité a perduré « en préservant la santé des collaborateurs et des agriculteurs ». « Malgré la situation, collaborateurs et associés-coopérateurs sont unis, solidaires, et responsables », salue le directeur.

Vivescia travaille également sur les scénarios de sortie de crise. Actuellement non prioritaire, le plan de performance logistique lancé fin 2019 – qui doit notamment conduire à la fermeture de
37 silos (sur 220), 127 magasins d’engrais et 56 de produits de santé végétale en trois ans – jouera sans doute un rôle central à ce moment : « ce plan de transformation logistique sur trois ans est un plan ambitieux, car il dessine les contours d’une nouvelle approche de l’excellence logistique, pour les grains et approvisionnements ». Si ce projet doit permettre « d’apporter une nouvelle proximité plus agile avec le développement de la livraison directe des approvisionnements à la ferme », d'accompagner l'évolution de la diversité des exploitations, ou encore de soutenir la rémunération du stockage à la ferme, entre autres ambitions, «  les équipes sont actuellement mobilisées sur le fonctionnement de la coopérative », fait savoir Vivescia.

Anticipation et diplomatie ont également été les maîtres-mots de l’Union Novagrain. Son directeur David Totel, s’il note « une perte de réactivité en même temps qu’un gain de fiabilité » dans la vie quotidienne de sa structure, il semble rassuré que « tous aient pris conscience de la gravité de la situation » en l’espace de 48 heures. Pour le dirigeant, le «  management de proximité  » a permis à l’union de coopératives basée à Sézanne d’être au rendez-vous pour «  ne pas bloquer les adhérents, qui peuvent continuer à travailler ». Les quelque 500 coopérateurs et 50 collaborateurs ont su « jouer le jeu dans une période intense, avec le retour du beau temps », souligne David Totel, qui salue lui aussi le rôle du personnel, tout en remerciant l’accompagnement des adhérents dans les décisions prises par l’Union Novagrain.

Adaptation des échéances à la MSA

La MSA se mobilise elle aussi pour accompagner les entreprises agricoles et propose un «  dispositif exceptionnel pour les échéances du mois d’avril », indique un communiqué.

En fonction des solutions adoptées (DSN, Tesa simplifié, Tesa+) et de leur situation, les employeurs disposent d’une souplesse plus ou moins prononcée sur les échéances en cours et à venir. Les quelque 16 200 chefs d’exploitation couverts dans la Marne, les Ardennes et la Meuse (chiffres 2018) voient quant à eux le prélèvement des échéances mensuelles suspendu pour les mois de mars et d’avril, comme dans le reste du pays.
Mais «  il est important que les entreprises qui le peuvent continuent à participer au financement de la solidarité nationale », souligne la caisse centrale. À noter : la suspension généralisée du délai de carence pour les arrêts maladie des personnes isolées, devant garder leur enfant, ou atteintes du Covid-19.
Hubert Bruneel, directeur général de la caisse MSA Marne Ardennes Meuse, annonce une mise en place « quasiment généralisée » du télétravail pour les services régionaux. Le traitement du courrier est maintenu sur site, tout comme la plateforme téléphonique joignable en semaine de 9 h à 12 h 30. Toutefois, les services de la MSA doivent être sollicités autant que possible par mail, et à travers l’espace privé disponible en ligne. L’enjeu est de taille : la MSA souhaite « assurer la continuité du service tout en veillant à la santé de nos collaborateurs », ce qui implique de «  payer les prestations, rentes et pensions, traiter les demandes  », le tout dans une situation complexe.

Pas d’affolement pour l’emploi

Du côté de l’emploi agricole, les bonnes volontés semblent affluer de toutes parts : Wizifarm recensait 200 000 inscriptions sur sa plateforme de recrutement. Mickaël Jacquemin, président de l’Anefa, fait état d’une bonne gestion : « on avait anticipé les problématiques sur le territoire national avec notre réseau. Une centaine de personnes est en relation avec des employeurs de main d’oeuvre tout au long de l’année, avec notre bourse de l’emploi lagriculture-recrute.org  ».

Au fil des échanges entre la FNSEA, le ministère du Travail, Pôle Emploi et l’Anefa, un consensus a été trouvé sur la gestion des volumes de candidatures, ce qui a incité Christiane Lambert à « préconiser la mise en avant de la plateforme Mission, et cela a bien fonctionné. Ce qui nous permet de disposer d’un bon stock de candidats potentiels, qui vont nous aider à passer la crise plus facilement  ». L’Anefa s’appuie également sur desbraspourtonassiette.wizi.farm pour être visible auprès d’un maximum d’employeurs.
En ce qui concerne les inquiétudes de certains producteurs à l’heure d’embaucher plus rapidement qu’à l’accoutumée, « personne n’est en mesure de déterminer si tel salarié est plus contagieux qu’un autre : il faut de toute façon respecter les consignes sanitaires par principe », tranche Mickaël Jacquemin. La phase de formation n’est pas non plus un point à négliger : l’Ocapiat travaille actuellement sur une prise en charge du temps passé à former les nouveaux embauchés. Le contexte ne doit pas empêcher de voir plus loin : «  à notre niveau, nous demandons le maintien de la communication positive sur les métiers de l’agriculture, ce qui est en cours : on se projette sur l’après-coronavirus afin de poursuivre sur cette dynamique positive ».

Les services professionnels en soutien

Le syndicalisme agricole majoritaire et la Chambre d’agriculture de la Marne ne sont pas en reste au moment de s’engager pour soutenir les producteurs du cru.

Hervé Lapie, président de la FDSEA de la Marne, estime que « c’est une chance d’avoir tous nos collaborateurs en télétravail », ce qui permet de ne pas afficher de rupture dans le contact avec les 12 000 adhérents et clients recensés. « Inquiet  » pour les horticulteurs, les pépiniéristes et les marchés locaux, l’élu installé à La Cheppe incite « les plus fragiles à contacter les animateurs syndicaux de la FDSEA ou les conseillers d’AS Entreprises et FDSEA Conseil en cas de besoins particuliers ou de contraintes administratives à résoudre ». Le président rappelle également que « sans le travail collectif des organisations professionnelles agricoles – fédérations, chambres d’agriculture, coopératives et négoce –, on aurait frôlé la correctionnelle en début de confinement, avec par exemple des fermetures de silos ».
Béatrice Moreau, présidente de la Chambre d’agriculture de la Marne, veille de son côté à organiser «  la multitude d’initiatives louables » autour de l’emploi agricole, aux côtés des chambres de commerce et d’artisanat, afin de «  ne pas se perdre dans tous ces élans de bonne volonté ». Les services de conseil dans le département sont toujours assurés par quelque 80 personnes, avec là encore un basculement vers le télétravail rapidement mis en place. L’agricultrice marnaise, qui reste vigilante sur l’arrivée des déclarations PAC, le droit à l’erreur pour les agriculteurs et le dossier des ZNT, annonce également la mise en place d’une foire aux questions sur le site web de la Chambre d’agriculture, ainsi que la création d’un numéro vert.


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