Des moutons pour retarder naturellement la pousse

Par Anne Verzeaux, le 23/07/2020 (mis à jour le 27/07/2020 à 09:00)
Des moutons pour retarder naturellement la pousseSpécialiste de l’éco-pâturage, la société Greensheep installe des moutons chez différents clients. Parmi eux, des maisons de champagne et des viticulteurs trouvent des avantages à cette pratique.
  • Des moutons dans les vignes L’éco-pâturage permet de réduire les interventions chimiques dans les vignes en hiver. Au printemps, il retarde la pousse de l'herbe.
    © D.R.
Spécialiste de l’éco-pâturage, la société Greensheep installe des moutons chez différents clients. Parmi eux, des maisons de champagne et des viticulteurs trouvent des avantages à cette pratique.
 

« C’est une pratique ancestrale. Une solution simple. Une méthode d’entretien en substitution aux désherbants chimiques », résume Paul Letheux, le dirigeant fondateur de Grensheep. Voilà quatre ans qu’il a créé sa start-up de location de moutons. Ses premiers clients sont des entreprises et des collectivités locale (voir encadré). Mais depuis quelque temps, les agriculteurs et les viticulteurs se montrent de plus en plus intéressés par cette pratique aux nombreux avantages.

Image positive
Certaines maisons de champagne comme Taittinger, de Castelnau ou encore Vranken Pommery ont sauté le pas. « Nous leur proposons un service de location de moutons, le plus souvent pour une durée de deux à quatre mois », explique-t-il. Les moutons pâturent au milieu des vignes ou, chez certains clients, pâturent au milieu des sites d’embouteillage ou de stockage. « Il faut reconnaître que c’est aussi un bon moyen de montrer une image positive et proche de l’environnement aux visiteurs », repère le jeune dirigeant.

Préserver la biodiversité
L’éco-pâturage permet de réduire les interventions chimiques dans les vignes en hiver. Mais pas uniquement : il retarde la pousse de l’herbe au printemps. « Cela permet d’économiser des interventions mécaniques », observe Paul Letheux. « Jusqu’à trois-quatre tontes : celle avant l’hiver, celle réalisée en plein hiver, puis à la fin de l’hiver et une tonte au printemps », précise-t-il. Le premier passage avec la tondeuse se fera plus tardivement « car les moutons épuisent le gazon et mangent plus court ». A l’inverse d’un outil mécanique, l’animal ne stimule pas la repousse de l’herbe. Autre intérêt repéré : le processus de dégradation de l’herbe est plus rapide. « C’est également mieux pour préserver la biodiversité », rappelle Paul Letheux. On peut observer un retour de la faune et de la flore qui ne sont pas détruits par la tondeuse. Les insectes coprophages reviennent, se nourrissant des déjections.

Mouton de Ouessant ou Roux Ardennais
Le pâturage des animaux se réalise uniquement hors période végétative de la vigne. « L’idéal est de démarrer dès la fin de l’automne et de les retirer à l’apparition des premiers bourgeons », avertit le spécialiste. Le ratio nombre de moutons par hectare est calculé en fonction de la race. Puis, un ajustement est fait l’année suivante en fonction des résultats obtenus et du ressenti du viticulteur. Greensheep choisit la race de mouton en fonction de critères bien précis, propres à chaque site : la localisation, la surface ainsi que le type de végétation (ronces, herbes, plantes invasives…). Le but : obtenir le meilleur résultat, tout en satisfaisant les besoins des animaux. Le mouton de Ouessant reste le plus représenté dans son cheptel. On trouve également le Roux Ardennais, race bien implantée dans le grand Est.
Choisir l’éco-pâturage demande quelques aménagements pour le viticulteur ou la maison de champagne. Il est nécessaire de baisser les fils pour que les moutons ne passent pas entre les rangs ou bien de les surélever pour qu'ils ne les déforment pas. Si besoin, Greensheep se chargera de clôturer la parcelle. L’entreprise réalise également un suivi régulier des animaux pour s’assurer que l’herbe soit toujours suffisante. « Nous pouvons ainsi garantir au viticulteur qu'il n'y aura aucun dégât sur ces vignes ».
Anne Verzeaux

Une démarche écologique appréciée

Une grande partie de ses clients n’ont rien à voir avec le milieu viticole. Greensheep travaille avec de nombreuses entreprises et des collectivités locales, comme la ville de Reims ou encore le centre Leclerc de Saint-Brice-Courcelles. En réponse à une problématique de gestion des espaces verts, la start-up installe des moutons qui pâturent naturellement autour des entreprises. Neuf broutent notamment sur le terrain entourant la surface commerciale de Saint-Brice-Courcelles. « C'est écologique, économique et aussi pédagogique, car les enfants, entre autres, sont intéressés par les animaux », affirme Lionel Becquet, en charge de la politique qualité et RSE du Centre Leclerc.
Parmi les clients de Greensheep, on trouve également des écoles, des maisons de retraites, des entrepôts logistiques, encore des hôpitaux. « Certains de nos clients comme Suez ont une démarche écologique très poussée et réalisent un inventaire de la biodiversité présente sur la parcelle », raconte Paul Letheux. Greensheep propose une solution clés en main, de l’étude de faisabilité, à la mise en place des installations (clôtures, abris, abreuvoirs, panneaux d’informations). Elle assure aussi des visites de contrôle, des astreinte, la tonte des animaux, les soins vétérinaires et les déclarations administratives du cheptel. Créée en 2016, l’entreprise compte aujourd’hui plus de 2 000 moutons et chèvres suivis par 78 bergers. Elle entretien plus de 2 000 000 m² d’espace verts pour le compte de 150 clients partout sur l’Hexagone.


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